mariusfannycésarSur le port de Marseille, César tient le Bar de la Marine et houspille son fils Marius pour qu’il apprenne enfin à faire correctement les cocktails. Bon sang, un petit tiers de curaçao, un gros tiers de citron, un bon tiers de Picon et un grand tiers d’eau, ce n’est pas si compliqué! Mais Marius a la tête ailleurs. Notamment quand la jolie Fanny, la petite vendeuse de coquillage, vient lui rendre visite et titiller sa jalousie. Car Fanny commence à être courtisée, notamment par Panisse, le maître-voilier, veuf, vieux, mais qui lui offre une très confortable situation qui intéresse beaucoup Honorine, sa mère. Elle donnerait bien la préférence à son Marius pourtant… Mais Marius a le regard tourné vers la mer. Le voyage, l’appel du large est fort, trop fort et déjà, il manigance pour embarquer sur un des navires en partance, en cachette.

Cet ensemble de trois pièces de théâtre se lit réellement comme un tout, et c’est d’autant plus facile qu’elles sont courtes et se lisent très vite. Et l’émotion est au rendez-vous. Ce qui est épatant, c’est qu’on passe par toutes les nuances de la palette. On assiste à des scènes mutines lorsque Fanny essaye de provoquer Marius, à des scènes rêveuses lorsque Marius évoque la mer et ce besoin du large et du lointain, des scènes très drôles et pittoresques comme la mythique partie de cartes, et des scènes déchirantes lorsque Fanny doit décider si elle laissera partir Marius ou pas. Comme souvent avec Pagnol, on passe du rire aux larmes en quelques pages, et il conjugue à merveille légèreté et gravité.
Peinture de moeurs également, cette histoire met en avant l’éternelle opposition entre les sentiments et l’échelle sociale. C’est tout ce qui fait le charme de ce petit coin de Marseille : la joviale simplicité des gens du peuple, entre un étal de poissonnerie et un bar où le patron paye volontiers son petit coup et discute un petit peu trop fort avec ses camarades. C’est l’argent et la réputation qui viennent assombrir ce joli tableau. C’est vite autour de Fanny, de ses choix, de son avenir que l’intrigue se cristallise: peut-elle réellement épouser quelqu’un d’autre que Marius quand tout le monde sait qu’ils s’aiment depuis l’enfance? N'est-ce pas l’adultère assuré pour un vieillard que d’épouser une jeunette de dix-huit ans? Pour autant, les autres personnages ne sont pas en reste et j’ai particulièrement été touché par César, qui sous ses airs brutaux, cache un vrai coeur de guimauve. En si peu de pages, sans narrateur, les nuances et la complexité des portraits est impressionnante.

La note de Mélu:

Note 5

 

Un mot sur l’auteur: Marcel Pagnol (1895-1974) est un auteur français, connu également pour son rôle dans le cinéma et le théâtre. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

la gloire-de-mon-pere_couv le chateau-de-ma-mere topaze jean de florette manon-des-sources la femme du boulanger

MariusFannyLes films: En 2012, Daniel Auteuil, qui n’a jamais caché son affection pour Marcel Pagnol, propose sa version des deux premiers volets de cette trilogie. Il y joue lui-même le rôle de César, le vieux père. Dans le rôle de Marius, on retrouve Raphaël Personnaz. Son beau regard bleu fait forte impression, et son petit côté ténébreux et romantique également. Mais la véritable révélation c’est Fanny, incarné par la délicieuse Victoire Bélézy. Elle incarne à merveille ce mélange de jeunesse, de candeur et de provocation qui est celui de Fanny au début de la trilogie. Pétillante et chantante, elle crève l’écran. Le couple fonctionne très bien, est touchant à souhaite, à la fois mignon et poignant. Dans les seconds rôles, on aura la joie de retrouver Marie-Anne Chazel dans le rôle de la maman de Fanny, parfaite avec son côté complètement hystérique devant l’avenir de sa fille. On pousse même le réalisme jusqu’à faire jouer les comédiens avec un accent marseillais tout à fait ravissant. L’immersion est garantie, renforcée par des décors pleins de chaleur et de lumière, un véritable conte social qui nous laisse cette impression douce et amère à la fois. Une adaptation tellement réussie, que je regrette que le troisième volet ne voie pas le jour.