le_chateau_de_ma_mere_couvL'auteur: Marcel Pagnol poursuit ses Souvenirs d'Enfance dont je vous ai déjà parlé ici, donc je vous y renvoie.

Le livre: Nous retrouvons le jeune Marcel à la fin de ses vacances, dans sa maison de campagnes, près d'Aubagne. Le bonheur ne saurait être plus parfait, entre parties de chasses avec son ami Lili, le jeune paysan, et courses dans les collines. Mais soudain, la réalité le rattrape: encore deux jours et ce sera la rentrée des classes, ce qui veut dire quitter les collines, la liberté, le soleil, la chasse aux oiseaux, tout. Marcel ne peut l'accepter. Après une infructueuse tentative de se faire ermite des collines, la satisfaction vient enfin: on retournera à Noël aux Bellons, puis tous les week-ends, en contournant les grands châteaux qui bordent le chemin et qui font à la fois l'admiration et la terreur de la mère de Marcel.
Tout doucement, les souvenirs se poursuivent. Ce n'est pas l'intrigue en elle-même qui charme, mais plutôt ce ton à hauteur d'enfant, persuadé que sa vie se joue sur sa décision de ne pas retourner à l'école et de rester dans son bonheur de vacances. A hauteur d'enfant, chaque petit contretemps devient un drame, chaque événement une aventure. Qu'il s'agisse de l'amitié avec Lili, des moyens de revenir aux Bellons ou de son rôle de grand frère, le jeune Marcel organise tout, réfléchit à tout et donne une place à chaque chose. J'ai tout particulièrement apprécié les lettres échangées avec Lili, véritable insulte à toute rigueur orthographique: quelle fraicheur! Cette fois, le personnage de la mère, fragile et douce et pourtant protectrice infatigable, est au centre du roman. Avec plus de pudeur mais pas moins d'amour que pour son père dans le premier tome, l'auteur en dresse un portrait touchant. Toujours autant de plaisir à lire Pagnol!

Le_Chateau_de_ma_mereLe film: tout comme pour le premier opus, c'est Yves Robert qui adapte ce second tome des Souvenirs d'Enfance. On y retrouve le même casting, toujours aussi réussi. La jolie maman Augustine, incarnée par Nathalie Roussel, est toujours aussi charmante, incarnant à merveille ce mélange de fraîcheur et de fragilité que Marcel Pagnol décrit dans son livre. La mise en scène de la traversée des châteaux est à la fois espiègle et inquiétante, exactement comme le perçoivent les enfants, qui profitent de l'aventure tout en craignant d'être découverts. Les paysages des collines de Provence sont toujours aussi enchanteurs, sans parler de la bande-son: j'ai tout particulièrement aimé la scène où le jeune Marcel, assis en classe, n'écrit pas un mot de la dictée que l'on tente de lui faire faire, assourdi qu'il est par les chants des cigales qui lui emplissent la tête. A noter cependant que ce film reprend des passages qui ne sont pas dans Le Château de ma mère mais dans sa suite, Le Temps des Secrets: le choix en soi n'est pas condamnable, et il permet de voir apparaître un Jean Rochefort délicieux en poète excentrique qui s'exprime uniquement en vers. Je salue enfin la grande qualité et fidélité de l'adaptation: la voix off qui accompagne le film reprend les mots exacts de Pagnol (livre en main!) ce qui permet d'apprécier le parlé de l'écrivain, et les cinq dernières minutes avec leur redoutable chute sont tout aussi poignantes que les cinq dernières pages du roman, amenant à reconsidérer tout ce qu'on a vu et lu d'une autre manière. Un bon moment de cinéma.

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