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Lettre “P”

L’auteur: Marcel Pagnol (1895-1974) est un des écrivains, dramaturges et cinéastes français les plus populaires: il fait parti du paysage culturel de tous, notamment grâce à sa trilogie marseillaise, Marius, Fanny et César, mais aussi à son film Manon des Sources, dont il tirera un roman qui donnera lieu à une autre adaptation cinéma, bref: une éternelle remise au goût du jour!

Le livre: Le petit Marcel Pagnol naît à Aubagne. Grâce à son père instituteur, il est élevé dans les principes de l’école républicaine et laïque, qui n’hésite pas à jouer des coudes pour imposer son modèle. Curieux et éveillé, l’enfant apprend à lire seul, en faisant la fierté de son père mais soulève de grandes inquiétudes chez sa mère. Naissent un petit frère, Paul, et une petite sœur, qui est l’objet d’interrogations existentielles (mais d’où peuvent bien sortir les bébés? Mais du nombril, c’est évident!). Pour l’été, toute la famille part pour une maison de campagne, au cœur de la Provence, avec la tante Rose et l’oncle Jules. L’occasion pour toute la famille de découvrir un hobbie particulier: la chasse.

Et dire qu’il aura fallu attendre un challenge ABC pour que je me mette à lire du Pagnol. Un pur moment de plaisir: le point de vue d’un enfant espiègle et aventureux sur le monde des adultes est un vrai régal. Pagnol est décidément un conteur qui sait enchanter petits et grands. J’ai rit sincèrement lorsque l’enfant s’interroge sur les raisons pour lesquelles sa tante devient toute rose lorsque le monsieur lui parle, ou encore lorsqu’il se demande qui peuvent bien être ces “radicots” dont parlent l’oncle Jules et son père dans leurs discussions politiques. J’ai été d’autant plus emballée que cette autobiographie, sous couvert de raconter l’enfance de l’auteur, est en fait un véritable message d’admiration et d’amour pour son père, son héros, le plus fort. Après tout, qui d’autre est capable d’apprendre la laïcité à son fils, de découvrir dans les brocantes des tonnes d’objets inutiles mais parfaitement indispensable et de tuer du “coup du roi” deux perdrix royales?

Fermez les yeux et vous entendrez chanter les cigales…

00791894_photo_affiche_la_gloire_de_mon_pereLe film: en 1990, Yves Robert adapte ce premier tome des souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol. Deux enfants incarnent le petit Marcel: à cinq ans, c'est Benoit Martin qui lui prête ses traits, relayé ensuite par Julien Ciamaca. La bouille du petit Marcel est à croquer: d'ailleurs, dans ce film, tous les enfants acteurs sont d'une fraîcheur et d'une spontanéité remarquable, y compris Victorien Delamare qui joue le jeune frère Paul. Le film regorge d'images nostalgiques de l'enfant du début du siècle, en costume de marin, qui s'empresse d'effectuer toute sorte de bêtises. Tout comme le livre, le film est donc tourné à hauteur d'enfant, ce sont eux qui font l'histoire, les parents semblent n'être que des figurants autour de ces petits messieurs. Pourtant, les personnages d'adultes sont loin d'être négligés: la mère, Augustine (Nathalie Roussel) allie une grande grâce à un accent marseillais très pittoresque. Quant au père, le héros de Marcel, joué par un délicieux Philippe Caubère, il incarne à merveille le mélange entre l'intellectuel un peu gauche et le papa gonflé d'orgueil devant son fils. La petite famille est extrêmement touchante. Très fidèle, le film suit scrupuleusement les aventures du petit Marcel et sait soigner et théâtraliser toutes les références anticléricales qui sous-tendent l'éloge de l'école républicaine et laïque: les querelles entre l'instituteur et le son dévôt de beau-frère sont croustillantes! Mais le film est aussi un film à la gloire de la Provence, avec des images magnifiques de la garrigue, d'authentiques cigales, une vraie maison de campagne et des accents chantants. Un même effet entre le livre et le film, chacun à sa manière, c'est un vrai succès!

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