Ma bouquinerie

01-02-12

Comptines assassines

comptines-assassinesL’auteur: Pierre Dubois (né en 1945) est un écrivain et scénariste français, surtout connu pour ses ouvrages de féérie et fantastique, et qui se présente comme un “elficologue”.

Le livre: Le Petit Chaperon Rouge, le Chat Botté, Barbe-bleue… Nous connaissons par cœur ces personnages des contes de notre enfance. Et si ils étaient en réalité bien moins féériques qu’ils en ont l’air? Le Chat Botté est ainsi un redoutable tueur en série qui choisis ses victimes sur un seul critère: des handicapés. Les trois souhaits deviennent trois crimes délibérément impunis. Barbe-bleue est un dandy qui s’amuse à terroriser des prostituées si elles entrent dans la fameuse chambre interdite. Un lapin blanc et un as de cœur sont les principaux suspects d’une série de crime. Quand les personnages de notre enfance deviennent des assassins, mieux vaut ne pas craindre les cauchemars, surtout lorsque la jolie Blanche-Neige attire au fond des bois un innocent amoureux…

J’ai failli ne pas dépasser les premières pages. Rien à faire: l’histoire du Chat Botté, dans laquelle je n’arrivais pas à retrouver le chat, me mettait mal à l’aise en plus de traîner en longueur. Rappelons de plus que je ne suis pas une grande amatrice de policier. J’ai pourtant persévéré… Et j’ai bien fait! Dès que j’ai vu apparaître, dans “Le Croquemitaine”, un Sherlock Holmes vieillissant, qui s’ennuie, et qui se régale de courir après un terrible tueur d’enfant revenu d’entre les morts, je me suis prise au jeu. Avec un plaisir non dissimulé, j’ai retrouvé les horribles créatures qui peuplent les contes, passés à la plume cynique et travaillée de l’auteur, mais aussi au vernis de modernité qui leur enlève leur voile de merveilleux et rappelle que ce sont avant tout des monstres cauchemardesques. Dès la troisième histoire, l’humour est devenu franc, et je me suis régalée devant ce très vieil homme saisi d’une subite vigueur sexuelle à cause de son traitement médical, qui devant les refus hargneux de sa femme, s’amourache d’une plantureuse dame. Madame se vengera, monsieur ne se laissera pas faire… Qui gagnera? La Dame Blanche le décidera! De là, les personnages de contes se multiplient, et ne cessent de nous rappeler que pour que ça finisse bien, il faut bien que les méchants battent en retraite, et cela a un prix. Sans grande surprise, mon histoire préférée reste “Barbe-bleue”: lorsqu’une prostituée se voit offrir une somme considérable pour tenir compagnie à un jeune homme raffiné et fortuné dans un beau château à la seule condition qu’elle n’entre pas dans le petit cabinet du bas, tout le monde sait ce qui va se passer. A la différence que cette fois-ci, la jolie dulcinée ne va pas se laisser faire. Rien que pour cette histoire-là, je ne regrette pas ma lecture

La note de Mélu:

Note 4

La première histoire fait baisser la note, mais Barbe-Bleue la fait remonter en flèche!


titre de Mythe, magie, légende

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30-01-12

Hors Saison

hors saisonL’auteur: Marion Lecoq est une auteure française, documentaliste dans le civil.

Le livre: Laure est réceptionniste dans un hôtel de luxe du bord de mer. Lorsqu’elle prend la réservation d’Angèle et Jean Servein, elle ne sait pas encore que c’est un couple de personnes très âgées. La dame reste assise la plupart du temps, et ses mains tremblantes peinent à tenir un verre. Son mari la couvre d’attention, s’en occupe comme de la prunelle de ses yeux. Laure est attendrie, mais la clientèle tout comme le patron trouve que ces deux petits vieux donnent une mauvaise image de l’hôtel. Mais Jean s’en moque: ils resteront aussi longtemps qu’ils le voudront. Sa chère Angèle, qu’il aime depuis tant et tant d’années, et maintenant si fatiguée, a bien mérité d’aller sur la plage…

J’ai ouvert ce tout petit livre d’une cinquantaine de page et j’ai été incapable de le lâcher. D’abord j’ai été profondément émue par ce couple: autant d’amour aussi vieux, rien à faire, ça me touche. Emue par la délicate application que met Jean à s’occuper de sa femme. Emue par la complicité involontaire de Laure, qui ne peut s’empêcher de protéger et de surveiller le couple dans une bienveillance qui va peu à peu gagner tout l’hôtel. Emue par ces va-et-vient entre un couple de petits vieux et le jeune homme timide amoureux de la jeune fille rêveuse, autrefois… J’en suis sortie bouleversée.

La Note de Mélu:

Note 5

Une parenthèse de tendresse dans un monde de brute!

Un immense merci à Karine de logo club de lecture pour ce partenariat et à Marion Lecoq pour l’envoi de son livre et son petit mot!


Titre de littérature contemporaine

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29-01-12

Dimanche au musée n°86: Domenico Fiasella

Cette semaine, retour à des sujets bibliques. Domenico Fiasella (1589-1669) est un peintre italien, grand admirateur du Caravage. Voici Samson et Dalila:

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Rappelons d’abord l’histoire. Samson est un grand héros du peuple d’Israel, consacré à Dieu, dont l’immense force a fait la renommée. Les Phillistins, ennemis d’Israël, envoient alors une jolie jeune femme du nom de Dalila pour soutirer le secret de sa force (moyennant finance bien sûr). Samson est vite séduite, mais par trois fois, alors que Dalila tente de savoir d’où vient sa force, il répond par un mensonge. Mais la quatrième fois, il finit par lui révéler que sa force lui vient de ses cheveux. Dalila lui fait alors couper les cheveux pendant son sommeil. Les Phillistins purent alors facilement le capturer et lui crever les yeux…

Une sacrée garce, hein? Et c’est justement pour cela que ce tableau m’a intrigué. On y voit Samson, endormi sur les genoux de sa maîtresse, un homme se penche par-dessus les épaules de Dalila pour couper les cheveux de Sanson. Déjà, les ennemis accourent: ils entrent dans la scène par la droite, à l’affut, prêt à sauter sur l’occasion et sur leur ennemi. Ce qui m’intrigue surtout, c’est Dalila elle-même. En plein centre du tableau, elle accroche la lumière par sa peau blanche, ses cheveux blonds, sa jupe rose. Et maintenant que son rôle est accompli, elle semble à peine impliquée dans ce qui se passe, alors qu’elle est assise sur le devant de la scène. Une main berceuse est encore posée sur Samson, et elle détourne la tête de ce qui est pourtant son oeuvre. Pourquoi un tel mouvement de recul? Pourquoi ce doigt posé sur la bouche comme si elle s’interrogeait? Notre Dalila est-elle incapable de regarder le résultat de ses efforts, ou se demande-t-elle si elle a bien choisir le bon côté? Mystère…

Toujours est-il que la femme fatale semble manquer d’assurance. Ne trouvez-vous pas?

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28-01-12

Lectrice buissonnière… aime se diversifier

Sur le Forum logo club de lecture, dont je suis une assidue, un Challenge a été lancé pour nous permettre d’élargir nos horizons. Il s’agit du Challenge “Un Genre, Un livre”.

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En effet, sur le Forum, on compte pas moins de quinze rubriques pour ranger nos livres. Le Challenge nous invite donc à lire au moins un livre tiré de chacune de ces rubriques, en grands explorateurs de la littérature que noue sommes! Voici donc les différents niveaux, qui classent les rubriques par accessibilité. Tous les titres qui y sont inscrits ont été lus depuis le 1er janvier et leur critique arrivera bientôt

Niveau “Christophe Colomb”:

vers le Nouveau Monde…

Verdict?

Littérature contemporaine Hors Saison, Marion Lecoq 5/5
Littérature Classique Les Mystères de la forêt, Ann Radcliffe 4/5
Chick-Litt Confessions d'une accro du shopping, Sophie Kinsella 4/5
Bit-Litt Les Vampires de Manhattan, Melissa de la Cruz 3/5
SF – Fantasy – Horreur Le Serment de Cassandra, Céline Guillaume 5/5
Thriller – Polar – Suspens    
Littérature Jeunesse – Young Adult  Pour toujours, jusqu'à demain, Sarah Dessen 4/5
Bandes-Dessinées  Polina, Bastien Vivès 5/5
Romans Historiques    
Témoignage – histoire vraies On a fait de nous des immigrés, Giuseppe Mungo 5/5

Niveau “Commandant Cousteau”:

vers les mondes engloutis…

Verdict?

Mythes – Magie – Légendes  Comptines assassines, Pierre Dubois 4/5
Dystopie    
Manga    
Littérature enfantine    
Littérature érotique    

Niveau “Neil Armstrong”:

vers l’infini et au-delà…

Verdict?

Livres en V.O.    
Poésie    
Livres Pop’up    
Bricolage – Vie pratique    
Livres de cuisine    

Que de belles découvertes en perspective! Rendez-vous le 31 décembre 2012 pour le bilan !

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27-01-12

Les Larmes rouges, tome 1: réminiscences

les larmes rougesL’auteur: Georgia Caldera (née en 1982) est une auteure et illustratrice française qui développe un univers gothique, élégant et sombre. Pour la découvrir, je vous recommande son (très beau) site internet.

Le livre: Cornélia a dix-neuf ans, est seule, a vu mourir sa mère, puis sa meilleure amie, est détestée par son père… Voilà pourquoi elle se retrouve sur un pont, sur le point de sauter. Une voix dans sa tête achève de la convaincre qu’elle ne manquera à personne. Elle saute… et se réveille dans un lit d’hôpital. Son père, bouleversé par l’événement, lui apprend qu’elle a été sauvée par un inconnu, et décide de l’emmener dans une maison de campagne pour qu’elle se repose. Mais Cornélia ne comprend pas pourquoi, si elle a voulu se tuer en sautant d’un pont, ses poignets meurtris sont couverts de pansements… Elle est alors assaillie d’étranges visions et de cauchemars terrifiants. Est-elle en train de devenir folle? Les cicatrices sur sa peau sont pourtant bien réelles. C’est alors que Cornélia apprend que le château qu’elle aperçoit depuis sa fenêtre est justement occupé par l’homme qui lui sauvé la vie à Paris. Mais celui-ci souffre d’une réputation terrible: les villageois en ont peur et le soupçonnent d’être mêlé à plusieurs affaires de disparition. 

Oh que j’ai aimé ce roman! Il sait dès le départ nous plonger dans un environnement certes morbides, mais surtout profondément inquiétant, parce qu’il confronte une héroïne visiblement fragile et perturbée, avec ses hallucinations, à des blessures et des manifestations bien tangibles que même les médecins attestent. Alors, est-elle folle ou est-elle réellement harcelée par une présence invisible? Et voilà un fantastique qui fonctionne à merveille: les draps sont bien tâchés de sang, les murs sont bien couverts d’inscriptions menaçantes, ses cicatrices réapparaissent indubitablement, et pourtant, elle est inévitablement seule dans la pièce. La montée de l’angoisse est certaine, et l’on n’a de cesse de savoir le fin mot de l’histoire. Mais ne soyez pas trop pressés. On pourrait croire l’avoir trouvé lorsque Cornélia fait la connaissance de son étrange voisin, Henri de Matlombes, avec son gros chien noir, ses cheveux longs et ses chemises à jabot. Si celui-ci lui apprend assez vite qu’il est un vampire, cela ne résout rien les terrifiantes hallucinations qui mettent en scène sa mère disparue ou son père éventré, mais provoque toute une série de rêves d’une précision étonnante se déroulant dans un passé lointain où elle est à la fois elle-même et une autre et où Henri est un protecteur aimant et dévoué. A partir de là, ce n’est pas une, mais deux histoires qui nous sont racontées, avec un autre Henri et une autre Cornélia, à la fois très proche de ceux du roman et pourtant complètement différents, et c’est avec plaisir et inquiétude que l’on essaye de comprendre comment ces deux réalités sont liées.
Bref, ce roman ne cède à aucune facilité superficielle du genre: ce n’est pas une romance, ce n’est pas une tragédie amoureuse, ce n’est pas une histoire d’horreur, c’est tout cela à la fois et plus encore, tant les personnages et l’intrigue sont complexes. Chaque personnage, chaque élément joue un petit rôle dans un tout qui se met en place très progressivement et avec une cohérence remarquable. Même le thème du vampire n’est qu’une pièce d’une intrigue bien plus large et plus approfondie. Très bien construit, ce roman est aussi très bien écrit, la langue est soignée et habile en faisant preuve d’un second degré très appréciable face à un thème aussi éculé ces derniers temps (ainsi Cornélia disserte volontiers sur l’évolution des vêtements et des voitures d’Henri au fil des époques). Mais son gros point fort reste la manière dont il jongle entre une élégance raffinée digne d’un grand bal romantique et une horreur pure provoquée par des images tantôt très dérangeantes, tantôt insoutenables. On baigne dans le sang au sens propre, et les vampires ne se contentent pas de mordre, mais appliquent des tortures d’un raffinement et d’une cruauté effroyables. Des mots gravés dans la chair, des messages qui apparaissent sur tous les murs de votre chambre pendant la nuit, un vampire au repos dans un cercueil plein de sang et de pourriture… Georgia Caldera sait trouver des images chocs qui vont hanter vos nuits. J’en redemande!

La Note de Mélu: coup de coeur!

coup de coeur 2

Une élégance morbide absolument délectable!

 

logo_3_questionsMélu: Bien que mettant en scène des vampires et une histoire d’amour, « Les Larmes Rouges » est bien plus sombre que la plupart des romances fantastiques que l’on trouve actuellement, bien plus inquiétant aussi. Qu’est-ce qui t'attire particulièrement dans ce thème ?
Georgia Caldera: Eh bien, avec ce premier roman, j’avais à cœur de replacer le vampire dans un contexte d’épouvante, car, justement, ce qui m’attire dans cette thématique, c’est son côté sombre. Je ne les conçois vraiment pas comme des supers héros. Pour moi, ils sont des êtres maudits. Certains sont déchirés entre leurs besoins et leurs consciences et vivent un véritable calvaire, tandis que d’autres ont appris à ne plus avoir d’états d’âme, cependant tous sont des prédateurs et incarnent le danger.
  Cela dit, je n’avais pas envie pour autant de laisser la romance de côté, c’est d’ailleurs le moteur de l’histoire. J’ai choisi de l’amener de cette manière parce que j’ai toujours aimé les contrastes et les contradictions. J’aime lorsque l’horreur frise l’élégance, lorsque le macabre flirte avec le romantisme… Je m’étais lancée comme défi de rendre attachant mon personnage masculin principal, et ce, bien qu’il soit un vampire pur et dur avec toute la part de ténèbres que cette condition lui confère. J’espère avoir réussi… 


Mélu: Si on apprend assez vite qu’Henri est un vampire, l’histoire et le caractère de ce personnage sont dévoilés au compte-goutte. Pourquoi tant de mystères autour de lui ?

Georgia Caldera: Parce que, dans un premier temps, il fallait présenter correctement mon héroïne, Cornélia. Je voulais d’abord que l’on sache qui elle était. Ensuite, je souhaitais amener le lecteur, tout comme Cornélia, à se poser tout un tas de questions sur son compte, à le craindre, à douter de lui, puis, enfin, à l’apprécier. C’était très difficile de faire durer le suspens le concernant, et de ne pas le mettre trop en avant dès le début ! J’aurais aimé qu’il apparaisse dès les premières pages, mais, après avoir bien réfléchi, j’ai trouvé cette retenue plus intéressante.


Mélu: Tu as signé également la couverture de ce livre, et toutes ses illustrations qui sont disponibles dans un art book. Est-ce particulièrement important pour toi de combiner ton travail graphique et ton travail littéraire ?

Georgia Caldera: En fait, c’est parti d’un besoin. J’écrivais, je devais en être au chapitre 4, ou 5, je ne sais plus, et puis il a fallu que je mette sur papier le portrait des personnages. Au début, cela ne devait être qu’une aide pour l’inspiration, et puis, petit à petit, c’est devenu un réflexe. Au fur et à mesure, j’ai présenté les images sur le net, et ça a trouvé progressivement son public. A présent, je ne conçois plus Les Larmes Rouges sans.
Merci Mélusine pour ces quelques questions ^^

***

Un immense merci à Georgia Caldera pour sa disponibilité et sa dédicace! Plus d'infos sur le site des Larmes Rouges !

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25-01-12

Le Meurtre des Nuages

le meurtre des nuagesL’auteur: Lil Esuria (née en 1988) est une jeune auteure française qui a construit son pseudonyme sur un verbe latin, esurio, qui signifie “avoir faim”…

Le livre: Max est un jeune homme taciturne, isolé, peut-être un peu trop romantique, un peu trop prompt à boire. Il admire de loin Alice, une fille de sa classe, mais n’ose pas l’aborder. Il aime les femmes, pourtant, il les idéalise même. Et il aime écrire. Il couche ses pensées sur le papier, ses fantasmes, sa vie telle qu’il aimerait qu’elle soit. Et au fur et à mesure qu’il les développe sur le papier, ses rêves prennent corps dans la réalité. Alice devient sa petite amie. Mais il lui en faut plus: provoquer le destin en écrivant les choses pour qu’elles deviennent réelles? Il commence par sa jolie professeure d’histoire, avec qui il s’invente par écrit une liaison. Et elle aussi finit par se jeter dans ses bras.

Ce roman nous plonge dans l’esprit torturé de Max. Tantôt nous lisons ce qui lui arrive, tantôt nous lisons ce qu’il écrit, en sachant que très vite, pour lui, les deux se confondent et il ne peut plus nous permettre de les différencier. La réalité ne lui convient pas, il dégaine son stylo et la change sur le papier. Se réalise-t-elle sous ses yeux ou dans sa tête, difficile de le dire, surtout pour quelqu’un qui boit de plus en plus avant de se tourner vers des drogues plus dures. Le ton est noir: Max raconte son ascension fulgurante, sa conquête de la fille qu’il aime, puis son orgueilleuse séduction d’une femme mure, mariée, qu’il veut faire ramper à ses pieds, tout en se persuadant qu’aucun des fiasco qui suit ces relations n’est de son fait. Les événements deviennent vite décousus à mesure que Max lui-même s’évade d’une réalité qu’il veut façonner, et son entrée dans un groupe de musique achève de le plonger dans la débauche, persuadé à de nombreux niveaux qu’il peut se permettre à peu près tout. Détestable personnage? En tout cas, il l’affirme, mais je n’ai pu m’empêcher d’éprouver un peu de compassion pour ce personnage de créateur dérangé. La spirale dans laquelle il nous entraîne est en tout cas très réussie, car c’est avec une sorte de plaisir malsain qu’on se demande jusqu’où ira ce poète maudit nouvelle génération. Si le pari était de fasciner et de happer le lecteur, il est réussi haut la main.

La Note de Mélu:

Note 5

Une bonne surprise, et un style très prometteur, puisqu’il s’agit d’un premier roman!

 

logo 3 questions

Mélu: Le Meurtre des Nuages raconte l’histoire d’un jeune homme solitaire qui s’évade et donne vie à ses désirs par le biais de l’écriture. Peux-tu nous en dire plus sur ce rapport trouble et particulier entre écriture et réalité ?

Lil Esuria: Comme tu le dis, c'est un rapport pour le moins particulier. Je suis toujours tiraillée par cette question : l'écriture est-elle l'expression d'une meilleure compréhension du réel ou celle d'un ressentiment, d'une insatisfaction face à celui-ci? Je pense que cette question est d'ailleurs insoluble, et que l'écriture ne serait plus si l'on y trouvait une réponse. Le problème de Max est qu'il traite l'écriture comme un objet, alors que pour ma part, c'est plutôt l'auteur qui est objet d'une écriture qui le dépasse souvent, et c'est aussi ce qui arrive à Max.

Mélu: Après l’écriture, ce sont aussi une vie digne d’une rock star, l’alcool et la drogue qui entraînent ton personnage aux limites de la folie. Pourquoi ses délires littéraires ont-ils débouché sur une telle descente aux enfers ?

Lil Esuria: Comme je viens de le dire, Max traite l'écriture comme un objet, comme un moyen d'étendre son pouvoir, et c'est là son erreur. L'alcool, la drogue, sont des ersatz de vie, des moyens par lesquels certaines personnes prétendent vivre plus (c'est du moins la vision qu'en ont les jeunes, trop peu conscients de ce dont il s'agit vraiment, souvent). Ainsi, alcool et drogue ne sont que des avatars d'une écriture devenue pour Max matérielle, devenue un autre moyen, tout aussi illusoire, de vivre sa vie. Il me fallait montrer que la façon dont il considérait l'écriture, pendant la quasi totalité du roman, n'était pas la bonne. Le moyen qui s'est présenté à moi, c'est de la réduire, puis peu à peu de la remplacer par de vains substituts.
Pour ce qui est de la vie de rock star : c'est aussi un ersatz de réalité. Plutôt que d'être attaché aux vraies choses de la vie, Max vit dans un monde de représentations toutes faites, ce qui montre l'aliénation dans laquelle nous vivons tous, car nos rêves sont souvent peu différents de ceux des autres. J'adore la musique, et comme l'écriture, je pense qu'elle peut faire passer beaucoup de choses. Mais encore une fois Max y voit un moyen et non une fin.

Mélu : Ton écriture est particulièrement travaillée et imagée ; tu cites Baudelaire dans le livre et ses « sublimissimes Fleur du Mal ». Attaches-tu une importance particulière à la musicalité, voire à la poésie de la langue ?

Lil Esuria: Il est important de dire que ce n'est pas moi qui cite Baudelaire, mais Max :). C'est la trace chez lui d'un romantisme qui s'est voulu mouvement de révolte mais qui est victime de son caractère ampoulé. Toujours est-il que j'adore Baudelaire.  Mais l'écriture du Meurtre, contrairement à celle de mes prochains textes, relève beaucoup plus de l'écriture presque "automatique" que d'un véritable désir d'une esthétique travaillée. Ayant écrit ce livre très tôt, je n'avais pas véritablement les moyens littéraires d'interroger mon écriture. C'est devenu capital pour moi il y a très peu de temps, et désormais je travaille beaucoup plus l'image et la musicalité de mon écriture. Lorsque j'ai corrigé mon manuscrit, j'ai surtout fait des ajouts par rapport à la version originale qui était encore plus courte. Mais à 19 ans (l'âge que j'avais quand Isabelle (Marin, éditrice aux Netscripeurs, NdMélu) a accepté de me publier), je n'avais pas trop de véritable pensée littéraire : c'est là quelque chose de trop complexe et mouvant pour prétendre l'avoir aussi jeune. Je ne changerai rien au livre aujourd'hui, parce qu'il doit garder son unité. Il ne faut pas oublier que c'est aussi un jeune homme d'une vingtaine d'années qui écrit : ça n'aurait pas été crédible pour moi de lui donner une capacité à réfléchir la littérature alors qu'il n'est pas capable de réfléchir sa vie, ç'aurait été antithétique. Je suis contente d'avoir réussi à faire passer ce que je voulais faire passer et que ça ait touché certaines personnes, ça n'a pas de prix

***

Un immense merci à Lil Esuria pour sa dédicace et pour sa disponibilité à mes questions!

Signé Melusine1701 à 06:04 - Romans contemporains - Vos impressions [4] - Rétroliens [0]
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23-01-12

L’Homme Perdu

l'homme perduL’auteur: Dominique Vieitti-Letoille est une auteure née au Maroc, qui a vécu en France et qui écrit aujourd’hui depuis la République Dominicaine. Retrouvez-la sur son blog.

Le livre: François, le narrateur, vit désormais dans la rue, avec sa petite chienne Shi-Tzu. Il a tout perdu. Il était pourtant dentiste, gagnait bien sa vie. Après un premier mariage terminé vite dans l’indifférence, il a rencontré la lumineuse Fati. Très vite, il tombe amoureux. Mais autour de Fati gravitent des personnages qui l’aiment autant que François. D’abord ses parents et son frère Saïd, musulman pratiquant, qui aimerait bien voir sa soeur mariée de préférence à quelqu’un qu’il a lui-même choisi. Ensuite, Line, la meilleure amie, fusionnelle. Et surtout, Raïssa, dite Dada, la grand-mère marocaine, étonnamment proche de sa petite-fille qu’elle a toujours voulu libre, indépendante et moderne. Difficile pour François de se convaincre que Fati vit sa vie, n’a pas de compte à lui rendre, passe beaucoup de temps avec Line ou qu’il ne trouve pas vraiment sa place au milieu de cette famille.

Tout d’abord, une première critique: la quatrième de couverture est atrocement mal faite, puisqu’elle résume les derniers chapitres du roman et en oublie donc la moitié pour en faire un superbe spoiler. Donc, abstenez-vous de la consulter. J’ai beaucoup aimé la manière dont ce roman débute et se déroule. On s’attache très vite à ce narrateur qui aime à la folie une femme qu’il souhaite avoir à lui seul, alors qu’elle vit des relations très fusionnelles avec une famille qu’elle s’est elle-même choisie et constituée, une véritable famille de coeur. Loin d’être forcément machiste, c’est réellement son besoin d’amour qui rend François aussi exclusif, et force est de constater qu’il est accueilli assez froidement par le cocon de Fati, ce qui ne fait que renforcer son sentiment d’être exclu et son besoin de la retrouver. Et même si l’on a envie de l’envoyer paître avec ses caprices, on ne peut que compatir. J’ai surtout beaucoup aimé Fati: son caractère indépendant est le résultat même d’un passé familial de femmes traditionnellement soumises , et n’en fait pas moins un personnage profondément aimant et humain, ce que l’on devine aisément malgré les propos amers de François puisque dans les faits, il n’a rien à lui reprocher. J’ai donc beaucoup aimé suivre ce couple entre séduction romantique et jalousie maladive, entre amour fou et vie séparée, entre retrait de François et escapades en amoureux, dans un Maroc décrit en des termes particulièrement affectueux. Mon enthousiasme est un peu retombé à la fin: je dois avouer que je n’ai pas tout compris, d’abord du point de vue des événements précis et surtout du point de vue de la chronologie, je serai incapable de dire si l’épisode final est situé avant ou après l’épisode SDF du début. Un défaut qui me laisse sur une impression un peu écornée.

La Note de Mélu:

Note 3

Quelques défauts, malgré une plume agréable et une intrigue bien menée mais moins bien aboutie.

Un grand merci à logo club de lecture et à Dominique Vietti-Letoille pour ce partenariat.

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22-01-12

Dimanche au musée n°85: Franz Xaver Winterhalter

Cette semaine, place à un peintre que l’on a dû voir défiler dans nos livre d’histoire. Winterhalter (1805-1873) est née en Allemagne, mais a travaillé essentiellement en France pour la Reine Marie-Amélie (femme du roi Louis-Philippe). De là, son talent à la fois pour la peinture et pour les relations huppées en fait un peintre attitré d’un grand nombre de têtes couronnées dans toute l’Europe. Celle qui m’a attiré, c’est celle-ci: La jeune Reine Victoria d’Angleterre.

Winterhalter_Victoria

Rappelez-vous: à cause de ses prédécesseurs qui ne laissent aucun héritier mâle, Victoria monte sur le trône d’Angleterre à l’âge de dix-huit ans. Elle en a vingt-trois sur ce tableau. Et c’est ce qui m’a attiré. Regardez ce visage poupin, ces bras ronds… qu’elle a l’air jeune! Ses bandeaux noirs descendent sagement sur ses tempes dans une coiffure élégante mais somme toute assez sobre, un tour de cou et quelques roses sont ses simples ornements. Le tableau la représente davantage comme une jeune aristocrate romantique que comme la souveraine d’un des plus grands Empire du monde. De plus, elle ne sourit pas, son regard est grave et semble à la fois se diriger vers le spectateur et dans le vague. Une sorte de pâle mélancolie se dégage de ce personnage et la rend profondément romanesque, vous ne trouvez pas? J’y verrais volontiers une Emma Bovary ou une Henriette de Mortsauf… Et c’est ce qui me marque dans ce tableau : imaginez que cette jolie rêveuse avec ses roses à la main a déjà engendré le futur Edouard VII, qu’elle deviendra l’Impératrice des Indes et règnera sur plus de la moitié de la planète, et qu’aujourd’hui encore elle détient le record du plus long règne du Royaume Uni. On a du mal à imaginer qu’il s’agit de la même personne.

Qu’en pensez-vous?

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21-01-12

Lectrice buissonnière… joue au Petit Bac en 2012

J’avais déjà joue au Challenge Petit Bac organisé par Enna l’an dernier. Cette année, je rempile! Je vous rappelle le principe: dans les catégories qui constituent le célèbre jeu, lire un livre dont le titre comporte un mot qui entrerait dans cette catégorie. Et faire un maximum de parties possibles!

challenge petit bac

Voici la grille pour cette année:
Prénom Géographie Métier Animal Végétal Objet Sport / Loisir Personne connue Partie du corps Couleur
Le Serment de Cassandra, Céline Guillaume  Les Vampires de Manhattan, Melissa de la Cruz Chroniques d’une prof qui en saigne, Princesse Soso A l'ombre du Dragon, Maureen Jennings  Les mystères de la forêt, Ann Radcliffe    Confessions d'une accro du shopping, Sophie Kinsella   Bel Oeil, Frédéric Clément Rouge Flamenco, Jeanne Faivre d’Arcier
Polina, Bastien Vivès                  

Pour l’instant, elle ne contient que peu de titres (ceux qui sont sur ma PàL et que je projette de lire dans les prochains joues) mais on a le droit de la remplir au fur et à mesure alors j’en profite!

La dernière ligne, je la garde de côté: ça sera une ligne BD!

Et si je trouve de quoi remplir, je me lancerai peut-être aussi dans une ligne jeunesse.

Rendez-vous en décembre!

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20-01-12

La vie que je choisis

la vie que je choisisL’auteur: Céline Thibaut (née en 1983), et précise que rien ne la présageait à devenir auteure, à part peut-être sa passion pour la lecture. Transfert réussi pour ce que j’ai pu en juger!

Le livre: Samuel Chavignet se réveille dans une maison médicalisée. Que fait-il ici? C’est une infirmière qui le lui apprend: il souffre d’une maladie neuro-dégénérative. La mémoire lui échappe. Il ne se rappelle plus de rien. Vide. Seul. Autour de lui n’évoluent plus que des blouses blanches… et une jeune fille rousse, toute habillée de noir, qui rit sans raison. Et qu’il est le seul à voir. Cette jeune fille, Bonnie, lui propose alors de faire des bonds dans le passé. De revivre certains épisodes de cette vie qu’il a oublié, et de les revivre, peut-être sous un autre angle.

Quel plaisir que cette lecture! On a d’abord un pincement au coeur en pensant à cet homme qui se réveille en ayant tout oublié, y compris sa maladie elle-même. Et puis, le tourbillon Bonnie débarque. Elle se moque de lui gentiment, lui apprend ce qu’est le style gothique qu’elle a revêtu, le traîne à un concert de rock. C’est une véritable bouffée de fraîcheur qu’elle lui apporte, et même si elle n’existe que dans sa tête et qu’il met du temps à se laisser faire, il se plie volontiers à ses jeux et ses voyages dans le temps. Dans le même temps, on redécouvre avec Samuel des épisodes de sa vie dont il n’a parfois pas lieu d’être fier, les femmes qu’il a aimées, le travail qu’il a exercé, et le mystère se dissipe, petit à petit. Et si finalement Bonnie n’était pas qu’une pure invention d’un cerveau malade?

La note de Mélu:

Note 4

Une lecture étonnamment riche en émotion pour si peu de pages.

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Mélu: La Vie que je choisis a pour point de départ une maladie qui rappelle la maladie d’Alzheimer. Comment vous est venue l’idée d’exploiter ce sujet plutôt grave pour en faire quelque chose d’aussi vivant ?

Céline Thibaut: Le père d'un ami est victime d'une maladie de ce genre ce qui m'a disons un peu poussé à écrire sur le sujet. Je dirais que c'est une sorte d'hommage que j’essaie de lui rendre à travers les mots.
Son fils est une personne qui a beaucoup d'humour et cela fait beaucoup de bien au malade, j'ai opté alors de même pour mon roman histoire de pas tomber dans le mélodrame.

 

Mélu: Outre le mystère d’une vie que Samuel doit redécouvrir, votre livre évoque aussi la froideur d’un hôpital prêt à l’interner, ou la confrontation entre deux générations, beaucoup de pistes pour un livre relativement court. Avez-vous eu envie de développer davantage ces thèmes (on pourrait savoir ce qu’il advient d’Emilie l'infirmière, ou même de Bonnie) ou était-ce un choix d’opter pour une histoire plus concise ?

Céline Thibaut: Tout d'abord, le fait que le livre soit petit était totalement volontaire mon but étant de faire découvrir la lecture a des personnes qui ont la tête qui tourne devant un bouquin de 700 pages. :)
Cela a été une réussite car j'ai reçu une belle quantité de messages me remerciant de leur avoir fait aimer la lecture. C'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire, c'est encore plus agréable à lire qu'une bonne chronique. :)
Sinon, La vie que je choisis va être réédité avec une belle couverture, etc... mais surtout avec des paragraphes supplémentaires. Je voulais créer une réelle amitié entre Samuel et Emilie.

 

Mélu: Votre premier roman relevait de l’heroic fantasy, La Vie que je choisis côtoie le fantastique : lequel de ces registres préférez-vous et y a-t-il d’autres genres qui vous tentent ?

Céline Thibaut: Sans aucune hésitation le fantastique. J'aime bien sûr l'héroïc fantasy, surtout à lire mais je sens plus à l'aise dans le contemporain.
Il y a d'autres genres qui me tentent bien entendu comme le Bit-Lit et d'ailleurs, deux romans vont paraître en 2012 dans ce nouveau genre (pour le premier qui va sortir, il y a une très gentille préface de Céline Guillaume).
J'aime me diversifier.

***

Un grand merci d’abord au Club de Lecture qui m’a soufflé le titre de ce livre, et à Céline Thibaut pour sa gentillesse, sa dédicace et sa disponibilité pour mes questions. Petit souvenir, que j’avais déjà mis mais avouez que nous le valons bien…

 

Pour acheter ce livre, cliquez ici. Il sera réédité en 2012 avec quelques ajouts, une préface de Pierre Brulhet et une toute nouvelle couverture:

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Signé Melusine1701 à 06:32 - Romans contemporains - Vos impressions [0] - Rétroliens [0]
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