l'élu de l'océan

Dans les ruelles de Vannes, une jeune femme accouche, seule. L’enfant est vite considéré comme un paria. On murmure que sa mère est une sorcière. Et ses cheveux roux n’arrangent rien… Pourtant, Florimonde, à qui on l’amène un soir, ne peut le laisser mourir, et l’élève en compagnie de sa petite Loraline. Or Florimonde n’est pas n’importe qui: la maîtresse officielle du seigneur de Kermoizan. Très vite, les rumeurs vont bon train: le seigneur a pris sous sa coupe un enfant du Diable… L’inquisition s’y intéresse de très près, alors une nuit, Florimonde fuit avec ses deux enfançons. Attirée par l’océan déchaîné, elle suit pourtant un appel mystérieux. Et se réveille dans une grotte en compagnie d’une étonnante créature à la longue queue couverte d’écailles. La sirène l’affirme: elle n’a rien à craindre, et le petit Thibault est sous sa protection, élu de l’océan. Et ceux qui cherchent à lui nuire ne peuvent attendre de sa part qu’un terrible châtiment.

Un roman sur les sirènes… Je n’en avais pas lu beaucoup et rien que la couverture pleine de promesse m’a immédiatement séduite. Nous voici à Vannes, ville où les légendes bretonnes côtoient les mystères de l’océan. On retrouve dans ce moyen âge féérique une sirène aussi attirante que sans pitié. Son chant agit comme un charme mystérieux, un “carmen” auquel il est impossible de résister, et une fois entré dans sa grotte, toute sortie semble compromise. Elle est mère nourricière autant que geôlière, aussi belle qu’inhumaine, et j’ai adoré cette dualité.
Le petit Thibault m’a aussi beaucoup ému. L’enfant maudit, trouvé, qui se cherche une place en tant que fils adoptif du seigneur, qui prend les armes à ses côtés, mais que la magie qui a marqué sa mère rattrape toujours, est un personnage très intéressant, tiraillé entre ses multiples mères: la sorcière, la femme, la sirène.
Cette apparition du merveilleux n’est pourtant qu’une prémisse à une intrigue bien plus terre à terre: les conflits en pays cathare. Bien réelle sur le plan historique, cette forme d’hérésie répond avec une justesse effarante à celle dont est accusé Thibault au début du roman. Lorsque le frère du seigneur de Kermoisan réclame son assistance devant l’ampleur des luttes entre Cathares et Inquisition, on ne peut que se demander où se situer quand on voit que pour Rome, il ne faut ni être trop chrétien ni ne l’être pas assez. J’ai hâte d’en savoir plus dans le deuxième tome sur l’ampleur de l’héritage magique de Thibault ainsi que sur ce qu’il adviendra de ces conflits de croyance.

La note de Mélu:

Note 5

Superbe.

Un mot sur l’auteur: Céline Guillaume est une auteure française, originaire de Bourgogne, passionnée d’histoire médiévale, que vous pouvez retrouver sur son site internet. D’autres de ses livres sur Ma Bouquinerie:

le ballet des âmes litanie_des_anges_celine_guillaume_lokomodo le-serment-de-cassandra La-Baronne-des-Monts-Noirs le mystère du chêne brûlé