99 francsL’auteur: j’ai découvert Frédéric Beigbeder avec son autobiographie qui lui a valu le Renaudot.

Le livre: Octave est publicitaire, habillée chez APC, roule en Mercedes, passe ses nuits en boite de nuit à descendre des bouteilles de champagne et à sniffer de la cocaïne. Il vend du mensonge, il manipule les gens, et il le sait. Et il n’en peut plus. Lui qui aurait voulu faire de la publicité comme un artiste, être un vrai “créatif”, est réduit à obéir aux exigences médiocres des grands groupes commerciaux. Cette vie dénuée de sens et de but, il la brûle par les deux bouts. Une publicité pour des yaourts allégée qui lui est commandée va être la goutte d’eau.

Le début est tout simplement jouissif. Le ton est cynique, provocateur, presque insultant pour le consommateur qu’il y a en chacun de nous, et l’on s’en insurge tout en constatant l’effroyable vérité de ce qu’il propose: les publicités nous prennent pour des imbéciles, nous mentent, sont toutes plus stupides les unes que les autres et nous, nous achetons quand même. Le gros point positif du roman reste donc le décryptage, l’envers du décor sur la publicité, et notamment toute l’aventure de construction d’un spot et d’un slogan pour les yaourts Maigrelette qui sont à mourir de rire et grâce auxquels vous ne regarderez plus une publicité de la même façon. Mais il va encore plus loin. Dans une grosse boite de pub où les créatifs travaillent moins qu’ils festoient, où la promotion canapé va bon train, on a vite fait de rester un trentenaire puéril sans grand maturité. C’est donc aussi la vie personnelle de notre Octave qui se délite. Et en même temps qu’il se lamente sur une vie vide de sens et prostituée à l’exploitation financière, il s’y jette à corps perdu. C’est à cela que j’ai eu du mal à accrocher sur la longueur. Il faut le dire: on se lasse assez vite de cette critique un peu hypocrite que l’on a vite fait de comprendre comme un “Je gagne des millions, je passe ma vie à faire la fête, c’est l’horreur, je fous ma vie en l’air mais je le fais quand même”. On tourne un peu en rond, et sur la fin, j’ai décroché.

La note de Mélu:

Note 3

Un bon concept, mais une intrigue qui s’essouffle un peu.

99-francs filmLe film: réalisé par Jan Kounen en en 2007, le film confie le rôle de notre détestable publicitaire à notre oscarisé Jean Dujardin, et celui de con acolyte à Jocelyn Quivrin. Le duo fonctionne à merveille dans le genre ado attardé, intello condescendant, bobo riche mais blasé. Evidemment, le potentiel charismatique de ces acteurs est pour beaucoup dans la réussite du film. L’autre point fort, c’est le visuel: le film oscille entre des néons flash, des images nuits new-yorkaise, et une crudité effroyable lors des retours de soirées un peu trop arrosées… La mise en scène, la réalisation sont donc remarquables, surtout lorsqu’on y ajoute tous les jeux entre la voix off et les personnages, les glissements entre la discussion des publicitaires et la publicité qu’ils sont en train de créer, c’est un vrai régal. De même, l’intrigue a été clarifiée: le film débute sur un Octave désespéré qui saute d’un immeuble. Sa chute s’interrompt d’un seul coup et il revoit toute sa vie de débauche qui l’a amené là. Là où le livre noie ces éléments sous les réflexions cynique de son protagoniste, le film les enchaîne avec dynamisme et efficacité. Une fois n’est pas coutume, j’ai donc préféré le film au livre. Peut-être est-ce tout simplement le ton de son auteur qui m’a déplu, parce que j’adhère pourtant totalement au message du livre.

Un petit extrait du film où le créatif s’exprime… et échoue

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