jules verne livre1

Lettre “V”

L’auteur: Jules Verne est l’auteur du Château des Carpathes, que j’ai critiqué il y a quelques temps.

Le livre: Phileas Fogg est un gentleman anglais d’une exactitude exemplaire, maniaque de la précision, qui vient d’embaucher un nouveau valet, Passepartout. Il fréquente le Reform Club de Londres avec d’autres gentlemen. Un jour, il tombe sur un article disant qu’il est désormais possible, grâce à une nouvelle ligne de chemin de fer, de faire le tour du monde en quatre-vingt jour, pas moins. Le calcul est vite fait et Phileas Fodd soutient que ce tour du monde est réalisable, alors que ses camarades affirment le contraire. Ils font alors un pari: 20 000 livres si Phileas Fogg revient au plus tard dans quatre-vingt jour après avoir effectué son tour du monde.

Un bon moment. Comme d’habitude, je suis agacée de voir Jules Verne faire passer le guide touristique avant l’intrigue romanesque. Mais le livre regorge de scènes malicieuses qui rattrapent cela. Ainsi, dès le départ de son voyage, Fogg est confondu avec un voleur en fuite, ce qui va pousser un policier anglais à le suivre tout autour du monde en espérant que l’ordre d’arrestation envoyé par Londres finira par les rattraper. Mention spéciale pour le duel dans le train, interrompu par l’attaque des Sioux, près de San Francisco: on est en plein Far West! Jules Verne réussit vraiment à nous faire voyager entre les pays et entre les genres qui leur sont propres.

le_tour_du_monde_en_80_jours_04_4Le film: en 2004, Franck Coraci adapte, assez librement, le roman de Jules Verne. Phileas Fogg est incarné par Steve Coogan. Mais ce n’est plus ce gentleman anglais inventé par Verne mais un inventeur loufoque, une sorte de doux dingue méprisé par ses pairs (là où le Fogg de Verne est un digne britannique). Jackie Chan hérite du personnage de Passepartout, complètement transformé pour l’occasion: il n’est plus le valet français qui aspire à la stabilité mais un voleur chinois qui cherche à rentrer en Chine au plus vite. Or pour cela, quoi de plus facile que de provoquer le pari lancé par les membres de la Royal Academy of Science? Il n’a plus qu’à embarquer. L’esprit du roman est donc complètement transformé, même si la trame romanesque est conservée. Les transformations ne s’arrêtent pas là: dès leur escale à Paris, les deux voyageurs sont rejoints par une jeune peintre impressionniste, Monique Laroche, incarnée par la sublime Cécile de France. Personnage totalement inventé, il n’est cependant pas désagréable. La suite du film suit les conséquences logiques de ces choix: impossibilité de passer par Shangaï ou Hong-Kong, toutes deux anglaises donc infestées de policier; courses poursuites et bagarres improbables avec des ninjas en foule, dont Jackie Chan sort vainqueur malgré ses chorégraphies loufoques. Là où Jules Verne s’appliquait à un maximum de réalisme ethnologique, le film joue la carte de la bonne humeur et du pittoresque coloré, quitte à tomber dans des clichés. La trame du roman n’est donc qu’un prétexte pour un film de Jackie Chan, ce qui serait presque un genre à lui tout seul tant ils se ressemblent tous. Peu de choses respectées de Verne, donc, si ce n’est le rythme trépidant du voyage. L’ensemble n’est néanmoins pas désagréable grâce au second degré permanent, et il est tout à fait plaisant de retrouver Arnold Schwarzenegger en roi turc polygame qui servit de modèle pour Le penseur de son copain Rodin, Michael Youn en directeur de la galerie d’art, Owen Wilson (partenaire de Jackie Chan dans Shangai Kid) en pionnier de l’aviation ou encore Sammo Hung (le fameux Flic de Shangai) en frère de Jackie Chan.

Et un billet de plus pour le Challenge Lunettes noires sur pages blanches!

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