notre_dameL'auteur: De Victor Hugo, j'avais lu son court roman Le Dernier Jour d'un condamné et le début de sa saga Les Misérables. Mais je ne m'étais jamais encore attaqué au monument... dans tous les sens du terme!

Le livre: 1482, Paris, en plein carnaval. Sur le parvis de Notre-Dame, le poète Pierre Gringoire essaye de faire jouer sa pièce, mais il est interrompu par l'élection du Pape des Fous! Qui fera la plus belle grimace? L'heureux élu surprend la foule: il s'agit de Quasimodo, bossu, borgne, boiteux, édenté, sourd, un authentique monstre. Sonneur de cloche à Notre-Dame, il n'a de proche que Claude Frollo, l'archidiacre de la cathédrale qui l'a adopté et élevé. Mais plus loin, un autre événement va attirer l'attention de Gringoire: une jeune bohémienne, appelée la Esmeralda, danse et séduit tous ceux qui la regardent. Sans trop savoir pourquoi, Gringoire la suit... et surprend deux silhouettes, celle d'un bossu et d'un prêtre, qui tentent d'enlever la jeune fille. Heureusement pour elle, le capitaine des archers du roi, Phoebus de Chateaupert, passe par là et intervient. Esmeralda se sauve, non sans être profondément troublée par le beau militaire. Quant à Quasimodo, il est arrêté et condamné, pour cette agression, au supplice de la roue et au pilori.

Tout commence de là: une jeune fille trop belle, trop désirable, trop innocente et trop gentille, qui affole les regards d'hommes pour qui elle représente un fruit défendu dans tous les sens du terme. Pour l'archidiacre, elle est, en plus de la femme, l'hérétique. Pour Quasimodo, elle est la Beauté et la Pureté. Ils doivent à la fois la haïr et la désirer et c'est ce qui motivent tous leurs désirs. Ajoutez à cela un Quasimodo exclu comme il n'est pas possible de l'être plus: sourd, il ne comprend jamais ce qu'on lui demande et nombreuses sont les méprises qui l'entourent. Quant à Phoebus, celui dont Disney a fait un prince charmant, c'est la pire des ordures: prêt à jurer à la première fille de joie les amours les plus éternels, il poursuit Esmélalda de ses ardeurs mais se détourne lorsqu'on l'emmène au bûcher, et tout le tragique de l'histoire est de voir cette petite gitane d'à peine seize ans crier son amour pour ce salaud jusqu'à la dernière page du roman. Pour la peinture des personnages et de leurs drames, Victor Hugo a donc tout bon. Pour la narration, il faudra prendre patience: monsieur Hugo aime la digression, et tout y passe: politique, histoire, critique d'art, philosophie... bref: faites comme moi, sautez les pages dans lesquels le romantique s'enflamme, et vous apprécierez le suspens et le jeu des points de vue qui vous amène à vivre l'histoire avec chacun des personnages avec toujours la même intensité.

La note de Mélu:

Note_4

 

ndp_carr_L'album: L'histoire de ce roman a fait l'objet de très nombreuses adaptations, notamment une célèbre comédie musicale. Voici un album qui a adapté d'abord le texte, grâce au travail de Thomas Leclère: exit les longues descriptions, nous voici recentrés sur l'action et les protagonistes. Quelques éléments ont néanmoins été passés sous silence, comme ceux concernant la naissance d'Esméralda et de Quasimodo par exemple. Bizarrement, ce sont aussi ceux qui ont été oubliés dans la plupart des adaptations, comme s'ils semblaient de trop. Mais ce que j'ai apprécié, à la lecture de cet album, c'est de retrouver une grande fidélité au texte hugolien: si les phrases sont plus courtes et les digressions supprimées, on reconnaît volontiers les expressions et le lexique de Victor Hugo, à défaut d'y retrouver sa prolixité.
Mais ce qui m'a surtout charmé dans cet album, ce sont les illustrations de Benjamin Carré. Difficile en effet, de fournir une imagerie personnelle d'une oeuvre qui a déjà donné lieu à tant de représentations. Le défi est relevé avec brio: Quasimodo prend un visage à la fois réaliste, expressif et inédit; l'espiègle Djali est parfaite jusqu'au bout des cornes et Esméralda présente un visage juvénile enfin en rapport avec les seize printemps que le roman lui donne. Ce que j'aime, dans les illustrations de Benjamin Carré, c'est qu'elles s'affranchissent des artifices féériques et des embellissements artificiels: elles ont une authenticité qui me plaît et qui donne une épaisseur inattendue à ces personnages un peu usés d'avoir été trop cités.

Quelques preuves de ce que j'avance:

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Les illustrations sont tirées de l'article consacré au livre sur le site de l'éditeur.

La Note de Mélu:

Note_5

Un vrai petit chef-d'oeuvre, au même titre que les autres livres de la même collection que j'ai déjà lu et critiqué, à savoir Peter Pan illustré par le même Benjamin Carré, ou Alice au pays des Merveilles, mis en image par Arthur Rackham. Je félicite les éditions tourbillon pour cette collection qui est un vrai coffre au trésor et je les remercie infiniment pour ces superbes découvertes, que j'espère encore nombreuses!

Et pour clore ce bel article (auto-congratulation...) sur Notre-Dame de Paris en musique, voici ma chanson préférée extraite de la comédie musicale...