tous_des_princes_cram_sL'auteur: Rémy Glaise signe les textes de cet étonnant petit livre illustré par Caroline Morvan.

Le livre: entre poésies et nouvelles, entre français et anglais, une galerie d'étonnants personnages surréalistes viennent à notre rencontre dans ces pages. On y trouve d'abord un escargot bisexuel qui "porte un noeud papillon en haut et un porte-jarretelle en bas". Puis un homme qui rapetissait par amour, qui chantonne "Plus je t'aime, plus je décrois...". Ainsi que la malheureuse Ambar, qui "a perdu son armure de femme légère pour une tenue moins grossière". Plus loin, c'est Karine qui espère trouver un mot d'amour de son dentiste, caché dans ses canines. Et bien d'autres personnages encore...

Le titre est particulièrement évocateur: ces personnages ont quelque chose de princier, de noble, de touchant. Et ils ont aussi quelque chose de dégradé, voir de dégradant. Dans "La Berceuse de M. Cramé" on attend le sable magique en écoutant le flic-floc de la pluie, mais Monsieur Cramé n'est pas sur le bon nuage ("You're not on the good cloud"): une drôle d'impression de Pays des Merveilles d'Alice, en un peu plus bancale. Entre boufonnerie et amertume, certains textes laissent un certain malaise. Si le texte "Ambar" joue avec les mots et fait rebondir les "r", il n'en esquisse pas moins un personnage bien amer. Des associations d'impressions et de mots volontairement surprenants, presques arbitraires, qui créent un univers qui rappelle les classiques du surréalisme. D'ailleurs, les illustrations, entre dessin onirique, collage photographique, disproportion et déformation, contribuent grandement à cette impression. Mais tous ces textes jouent avec les mots, les sons et les syllabes, tantôt explicitement comme dans "Ambar", tantôt plus subtilement par des effets de rythmes que l'on ne peut percevoir qu'en les prononçant à mi-voix.

La Note de Mélu:

 Note_4

Une expérience dépaysante qui a su m'embarquer.

Quelques extraits:

"Je me lève et je vais chercher une tenaille dans le tiroir "bricolage".
Devant la glace, je fais sauter une canine. Je récupère le jouet sans manger le chocolat. Rien d'inscrit. Pas la bonne. Je fais la fête à une molaire... Rien. Une autre canine. Rien. La 27 (ma préférée)... Rien.
Je prends conscience qu'il n'a pas pris ma bouche pour un Kinder..."
Les Canines de Karine


"Les hommes aimaient la pousser à manquer d'air.
Se taire est la meilleure chose qu'elle puisse faire.
Elle semble de verre.
Maintenant, ils coupent court.
Alors, Ambar elle part.
La petite doute du hasard".
Ambar.

Merci infiniment, Rémy, pour la dédicace!