persepolisL’auteur: Marjane Satrapi (née en 1969) est née à Téhéran, en Iran. Sa famille l’envoie en Europe à l’âge de 14 ans pour fuir la guerre. Elle a ensuite intégré l’école des arts décoratifs de Strasbourg. Elle a reçu le prix Henri-Jeanson en 2007 pour son insolence, son humour et son engagement.

Le livre: La petite Marjane a dix ans lorsque la révolution islamique survient en Iran. D’un seul coup, on l’oblige à porter le voile sans qu’elle comprenne vraiment pourquoi. Elle rêve de devenir prophète, mais son “ami” ne répond bientôt plus à ses questions. Issue d’une famille d’avant-garde, très politisée, elle est immergée très tôt dans les conflits qui secouent son pays. Elle qui voulait étudier la chimie voit les universités fermées pour préparer la révolution culturelle. Bientôt, ce sont la musique américaine, les posters, le maquillage et le jean’s qui sont interdits.

Une vraie merveille que ce livre. L’histoire de l’Iran, peu connue par notre génération qui a été abreuvée à propos de l’Irak, n’est pourtant pas en reste pour ce qui est des conflits politiques et de l’intégrisme. Mais c’est bien l’expérience personnelle de Marjane Satrapi qui est au centre de ce livre: chacun des événements qui secouent l’Iran est vécue à travers un membre de sa famille ou un proche. C’est aussi l’expérience du déracinement : envoyée en Autriche pour être protégée, elle se retrouve tiraillée entre une Europe qui ne lui fait pas de place et un Iran qui ne lui ressemble plus. Les dessins sont noir et blanc, très tranchés et stylisés, sans ombre: quelque chose de très naïf pour parler d’une réalité très dure, le contraste est saisissant et efficace. Le texte de Satrapi n’est pas en reste: plein d’ironie et reflétant toujours l’état d’esprit d’une enfant qui grandit. Elle excelle surtout dans le passage du tragique à l’humour. Pas facile de découvrir le féminisme en Iran ou de faire passer Michael Jackson pour un leader du mouvement noir américain. On se défoule comme on peut sur Kim Wilde!

J’embrasse fort ma soeur, qui m’a offert cette superbe bande-dessinée pour Noël avec un cadeau très personnel qui ne me quitte plus:

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persepolisLe film: en 2007, Marjane Satrapi collabore avec Vincent Paronnaud pour adapter à l'écran sa bande-dessinée. Le casting est prestigieux: c'est Chiara Mastroianni qui prête sa voie à Marjane, et l'on retrouve Catherine Deneuve pour la voie de la mère de Marjane, ou encore Danielle Darrieux pour celle de la grand-mère. L'auteur est également scénariste du film: la ligne de l'histoire est donc respectée, avec quelques ellipses et résumés bien placés. Une autre structure est cependant adoptée: le film s'ouvre sur une Marjane adulte, en couleur, dans un aéroport français, hésitant à sortir son passeport pour prendre l'avion pour Téhéran. Ses souvenirs vont alors défiler, en noir et blanc, et de nombreux retour au présent donnent au film une nouvelle dimension: ils l'inscrivent dans un véritable moment d'hésitation, de remise en question, de retour sur soi, d'entre-deux. Le rapport à l'autobiographie et à l'introspection est soigneusement mis en avant, et l'on comprend encore mieux à quel point Marjane Satrapi a voulu faire une oeuvre personnelle. La fin de film, tout comme celle du livre, laisse planer un suspens gênant, ne fournit ni réponse ni chute. Tout s'arrête, et pourtant rien n'est fini. La musique semblait avoir quelques accents orientaux, sans que je puisse l'affirmer avec certitude: une autre expression du métissage particulier de l'auteur. Certaines scènes ont particulièrement gagné en intensité dramatique avec l'animation, comme les fêtes clandestines où la musique laisse place au silence lourd de l'armée, les différentes courses-poursuites, où les mise en scènes symboliques des martyrs ou des exécutions.

Le cinéma a véritablement sublimé l'oeuvre de Marjane Satrapi, sans la déposséder. C'est un beau film, une adaptation réussie, qui mérite le prix du Jury du festival de Cannes qu'il a reçu!