petit piment

A l’orphelinat, c’est le père Moupela qui l’a nommé Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Tout le monde l’appelle Moïse, plus simple. Le père Moupela, c’est son idole, et sa venue chaque semaine est un grand événement, une bouffée d’oxygène pour les orphelins qui supportent l’autoritarisme de Dieudonné Ngoulmoumako. Quelle n’est pas leur panique lorsque celui-ci ne se présente plus… Il est mort, c’est sûr! La révolution socialiste est en fait seule responsable de sa défection: l’église n’est plus la bienvenue et du jour au lendemain, c’est toute l’éducation de ces enfants qui est remise en question. Moïse dévoile alors tous ses talents pour se faire une place au milieu des petites terreurs de l’orphelinat, dont les mauvais coups peuvent survenir de jour comme de nuit.

Ce récit de vie a un côté très touchant. L’orphelin qui fait les quatre cent coups dans un orphelinat sordide tenu par de véritables tortionnaires a quelque chose d’un peu cliché, mais ça fonctionne tout de même, notamment par la confrontation brutale et émouvante de la franche innocence de l’enfant et de la dure réalité politique et sociale de son pays. On le suivra dans ses projets de vengeance piquants qui lui vaudront le surnom de “petit piment”, dans ses évasions rocambolesque, dans sa vie de rue et de rapines et dans son hébergement dans un bordel de Pointe-Noire. Une véritable invitation à découvrir les rues congolaise pour ceux qui, comme moi, n’y connaissent vraiment pas grand-chose.
L’ambiance est donc celle de l’histoire politique congolaise, torturée et chaotique, à hauteur d’enfant. Dans l’esprit, il y a quelque chose de La Vie devant soi, de Roman Gary, dans cette innocence pourtant désabusée de Petit Piment. J’avoue que je ne suis pas sure d’avoir reconnu l’histoire du pays, parce que je ne la connais pas plus que ça. Cela ne m’a pas empêcher d’en ressentir les effets, les errances, les décisions idéologiques brutales venues d’en haut qui ont un cruel arrière-goût de banalité tant on pourrait les appliquer à n’importe quel chamboulement politique. C’est toujours assez désolant de constater que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, quel que soit le coin du globe où l’on se trouve.

La note de Mélu:

Note 4

Une jolie découverte.

Un mot sur l’auteur: Alain Mabanckou (né en 1966) est un auteur franco-congolais lauréat du prix Renaudot en 2006.