lheptameron_marguerite_navarre_L_1L'auteur: Marguerite de Navarre (1492-1549) est l'épouse du roi Henri II de Navarre, soeur de François 1er et grand-mère d'Henri IV. C'est une des premières femmes de lettre française, qui tenait salon et mettait par écrit les histoires qui se racontaient chez elles.

Le livre: Sept journées d'histoires, racontées par dix devisants, voilà le sujet de ce livre. La plupart parlent d'amour. Certaines sont cocasses, d'autre tragiques. En voici quelques-unes: une femme tente de manipuler son mari borgne afin de faire sortir discrètement son amant; une autre, afin de tester sa passion, impose à son soupirant de passer la nuit près d'elle sans la toucher, puis met dans son lit une autre femme pour éprouver sa résistance ; un prêtre cause la mort de trois personnes dans une même maison, à savoir le seigneur, sa femme et leur bébé; un gentilhomme attache un miroir sur sa poitrine afin de révéler à sa dame l'identité de celle qu'il aime; un homme qui vient d'être saigné par le médecin rouvre sa cicatrice pendant ses ébats avec sa bien-aimé et y laisse sa vie. Et ainsi de suite. Et après chaque histoire, les devisants débattent de la portée morale de celle-ci et enchaînent avec la suivante.

La langue du XVIème siècle n'est pas toujours aisée, et je pense que je n'ai pas compris parfaitement toutes les histoires. Néanmoins j'ai apprécié cette lecture. D'abord pour sa diversité: on passe du rire à l'horreur, les nouvelles sont de longueurs variées. Ensuite pour son réalisme revendiqué: les conteurs prétendent taire le nom des personnes dont ils parlent pour des raisons de discrétion. Les histoires ne cachent rien, pas même les détails les plus scabreux, et il semble que malgré la morale rappelée à la fin de chaque conte, les mauvais chrétiens ne soient pas toujours punis. Pour moi, ce recueil fait une parfaite transition entre le conte burlesque médiéval, où le prêtre est corrompu et la femme trompeuse, et les nouvelles réalistes pessimistes qui fleuriront à partir du XVIIIème siècle. Deux types de nouvelles ont ainsi retenu mon attention: d'une part les nouvelles quasiment licencieuses, qui mettent en scène les scènes intimes avec un raffinement tout XVIIIème, et d'autre part celles qui basculent dans l'horreur. En d'autre terme, j'ai apprécié une modernité de ton qui me permettait une vision nouvelle sur le quotidien du XVIème siècle, après Ronsart et Rabelais.

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