nothombL'auteur: Le troisième roman d'Amélie Nothomb à figurer sur mon blog. Aussi, pour éviter de me répéter, je vous renvoie là pour Péplum et là pour Le Voyage d'Hiver.

Le livre: Etudiante encore, Amélie débarque au Japon où elle a passé sa petite enfance, avec l'intention d'y terminer ses études et pourquoi pas, d'y vivre. Mais il lui faut un travail: par une petite annonce, elle propose des cours de français, et est embauchée par Rinri, étudiant japonais au français désastreux, à l'intrigante Mercedes blanche et aux grands-parents à moitié fous. Très vite, ils nouent une étrange relation amoureuse: Amélie est fascinée par les étranges moeurs de Rinri qui ne ressemblent pas vraiment au Japon dont elle se souvient.

Je retrouve avec ce roman la raison pour laquelle Amélie Nothomb est si populaire. D'abord une véritable habileté à manier non seulement la langue, mais le langage, entre formules accrocheuses et néologismes jouissifs. Ensuite, un regard acéré sur le monde qui l'entoure: elle excelle dans l'art d'épingler les petites distorsions culturelles si savoureuses. Quelques exemples au hasard de ma mémoire: l'agacement grandissant des professeurs d'université devant son habitude de lever la main lorsqu'elle ne comprend pas ("On ne pose pas de question au sensei"), le port obligatoire de collants avec une robe courte pour ne pas montrer la blancheur de ses jambes même par chaleur caniculaire. Mais ce regard s'applique aussi à elle-même, et je crois que c'est cette auto-dérision qui m'empêche de cataloguer définitivement Amélie Nothomb comme écrivain plus médiatique qu'autre chose. Elle se met en scène dans ses échecs, et ça fonctionne. Plus encore que Stupeur et tremblement, chronique professionnelle dont ce roman est le pendant personnel, ici Amélie Nothomb met en balance sa recherche d'idéal et de sublime, à la limite de l'humainement supportable, dans ce Japon qu'elle admire plus qu'elle n'aime, et le ridicule de sa petite personne. Passer une nuit dans la neige, enroulée autour du poêle du kotatsu, quelque part au pied du terrible mont Fuji, dans une expérience quasi mystique, est aussi initiatique qu'un dîner entourée de onze jeune japonais à qui elle a la charge de faire la conversation dans un rituel de présentation qui relève autant de la geisha que de la cène chrétienne.

J'ai beaucoup aimé ce roman. Ce qui me conforte dans l'idée que pour son dernier livre, la demoiselle ne s'est pas foulée. Mais pour celui-ci, la recette est réussie.

J'en profite pour remercier mon amie Microbe (Laets de son vrai nom), qui m'a recommandé ce livre. Elle est allée au Japon l'an dernier lors de son année d'étude à Taiwan: vous pouvez en retrouver quelques chroniques et photos sur le blog qu'elle avait fait pour l'occasion, en cliquant ici. Merci Microbe!