dionysos le conquerantDionysos, dieu du vin. Jusque là, vous vous le représentiez certainement comme un petit satyre ventripotent au nez rougeaud et complètement bourré. Pas très glam, quoi. Et bien vous vous trompez. Avant d’être le dieu de la picole, Dionysos a été un beau jeune homme, un demi-dieu issu des amours illégitimes de Zeus, et il a dû gagner sa place parmi les dieux de l’Olympe. Pour cela, il a dû relever un défi: conquérir les Indes. Ouais, rien que ça. Sans parler du fait qu’il partait avec un sérieux handicap: la haine viscérale que lui voue Héra, la femme de Zeus, hors d’elle à l’idée qu’un bâtard de son mari puisse avoir l’arrogance de briguer le séjour céleste. Mais le petit Diony est bien décidé à prouver sa valeur et à répandre la belle et cordiale boisson divine chez ces buveurs de thé indien. C’est parti pour la Croisade Alcoolique. Oui, bon, on ne se refait pas complètement non plus. Mais si vous saviez comment Dionysos est devenu le dieu de la boisson, vous ne vous gausseriez pas tant. Car la jeunesse de Dionysos n’a pas été un long fleuve tranquille, entre l’obligation de se cacher aux yeux de sa furie de belle-mère et sa tragique histoire d’amour avec Ampélos, un jeune satyre.

La première raison pour laquelle on ouvre ce livre, c’est pour son ton si original. Si vous voulez dépoussiérer la mythologie, vous êtes servis: à grand coup d’humour, de dérision, d’irrévérence envers les dieux grecs (bien fait!), d’anachronismes hilarants et assumés, les grandes batailles de Dionysos sont tout simplement tordantes. Un récit-cadre plante soigneusement le décor: Dionysos et Poséidon se disputent la main (et autres petites choses que la décence interdit de citer ici) de Beroé, fille d’Aphrodite (on fait pire comme héritage). Et pour prouver qu’il la mérite, Dionysos fait raconter par Silène sa conquête de l’Inde. Alors il faut souvent rappeler à Silène que tutoyer le petit Diony devant ses adversaires n’est pas très bon pour son image, et surtout ne pas négliger les annotations signées par tous les dieux de l’Olympe qui n’hésitent pas à se crêper le chignon dans les notes de bas de page. Le fond, la forme, tout est adapté pour transformer ce récit épique en long moment de rigolade. La petite cerise sur le gâteau est apportée par les introductions de chapitre versifiées d’Apollon qui aime mettre de l’art un peu partout, comme pour le chapitre 8:

On voit au premier jour de l’affreuse bataille
Les bacchants bien se débrouiller,
Mais dès le second jour, quand Dionysos déraille,
Ils se font plutôt dérouiller.

Oui, je sais, je cède toujours devant un tel mélange d’intelligence virtuose et de gros n’importe quoi.

Là où c’est fort, c’est qu’on apprend vraiment des choses. Grâce à Athéna qui nous situe les lieux dans la géographie actuelle, et grâce à toutes les digressions qui nous permettent de resituer les mythes les uns par rapport aux autres, on redécouvre la mythologie riche, glorieuse, pleine de nuances, d’action et d’aventures. On met en lumière les “passages oubliés” des livres scolaires et on fait tomber quelques clichés sur le personnage (en contrepartie, on n’hésite pas à en créer d’autres, tels Arès et ses “bastooooon”). La deuxième partie de l’ouvrage, quant à elle, change complètement de ton et nous propose, elle aussi, de lever le voile sur la jeunesse de Dionysos, sur les stratagèmes mis en place pour le protéger de la folie d’Héra et sur les raisons qui ont fait de lui le dieu du vin. Et le ton change radicalement: plus une trace de l’humour parfois potache des pages précédentes, c’est la sobriété, parfois teintée de lyrisme ou de poésie, qui prime dans le récit des amours de Dionysos et d’Ampélos, avec un final tragique qui touche au sublime. Si le but était de rétablir un portrait honorable de Dionysos, il est atteint haut la main.

La note de Mélu:

Note 5

Je ne boude pas mon plaisir et je réclame un troisième volume! Mention spéciale pour la couverture de Michel Borderie que je trouve vraiment superbe et, pour le coup, à la hauteur du livre. D’ailleurs moi aussi je l’aime bien cette robe jaune (tope là Diony).

Un mot sur l’auteur: Louise Roullier est une jeune auteure française qui a d’abord officié sur son blog Histoires Mythiques où elle dépoussiérait les mythes gréco-romain. D’autres de ses livres sur Ma Bouquinerie:

les tribulations amoureuses de poséidon