la loi du roi BorisBoris Ier est roi du Poldovo. Et il s’ennuie. Il faut dire qu’il n’a pas grand-chose à faire, il reste des heures enfermé dans son bureau pour faire croire qu’il travaille. Alors un jour, pour s’occuper, il décide de déclarer la guerre au royaume voisin, sous un prétexte quelconque. Mais son ministre le lui fait remarquer: il y a une faute d’orthographe dans sa lettre. Rien de bien méchant, une petite lettre “e”. Oui, mais elle est bien embêtante cette lettre “e”. Suffisamment pour la prendre en grippe. La loi est passé: interdiction formelle d’utiliser la lettre “e” dorénavant! Et une milice spéciale est créée: si l’on entend cette lettre dans votre bouche, on vous coupe un doigt, ni plus ni moins. Son premier ministre n’en croit pas ses oreilles: quelle folie s’est emparé du roi?

Ce petit roman jeunesse est très original. Il pousse sa logique jusqu’au bout (et les doigts tombent comme des mouches). Très vite, le roi et ses partisans s’expriment sans utiliser la moindre lettre “e”. Il faut admirer la virtuosité de l’auteur pour n’en avoir pas laissé passer un seul et très vite, je me suis amusée à scruter les dialogues pour m’assurer que non-non, cette lettre, la plus utilisée de la langue française, en était tout simplement bannie. De plus, on ne cesse de demander au roi de faire preuve de clémence et de laisser à ses sujets un temps d’adaptation pour comprendre ce nouveau langage, ainsi que de leur fournir un dictionnaire. On voit alors se multiplier les conseils: comment remplacer ce mot par un qui n’aurait pas de “e”? Les détours pris par la langue sont parfois saugrenus et franchement amusants.
Mais l’histoire est bien évidemment en deux temps. On n’a plus le droit de dire “e”? La résistance est là et en prend le contrepied: elle n’utilisera plus que cette seule et unique voyelle. Et là encore, le jeu recommence: on décortique les phrases pour s’assurer que oui-oui, il n’y a bien que des “e” entre ces consonnes, et ça fonctionne! Jusque dans les prénoms des personnages, comme Hélène, on trouve cette contrainte stylistique qui avait fait sensation chez Pérec et qui devient ici franchement ludique.

La note de Mélu:

Note 4

Plutôt réussi!

Un mot sur l’auteur: Gilles Barraqué (né en 1957)  est un auteur jeunesse français