chronique d'une prof qui en saigneVous croyez tout savoir sur les profs parce que vous avez été élève un jour? Vous croyez qu’un prof, c’est vieux, aigri, dépressif, que ça porte des pantalons en velours (collection Camif automne-hiver 1996)? En voici une qui n’a pas sa langue (pointue) dans sa poche. Princesse Soso est une jeune prof d’anglais qui enseigne depuis six ans. Elle adore sa matière, elle aime son métier et elle croit dur comme fer au bien fondé de la transmission de son savoir. Mais difficile de garder cette foi devant ce qui l’attend. Sur une année scolaire, elle nous raconte le quotidien d’une prof normale. Quand l’école ressemble davantage à une arène ou une annexe de Meetic ou que sais-je encore, Princesse Soso garde un flegme à toute épreuve. Ils reposent dix-huit fois de suite la même question? Se battent à coup de compas? Exhibent fièrement leurs minijupes et leurs cuissardes rouges du haut de leurs onze ans et demie? Armez-vous d’une bonne dose de self-control et vous découvrirez le quotidien rock’n roll de nombre de ces enseignants qui se désespèrent tous les soirs d’une génération plus désabusée encore que la leur et qui parmi tous les protagonistes (parents d’élèves, administration, formateurs….) sont peut-être encore les plus coopératifs, et qui y retournent chaque matin avec une bonne dose de courage et d’ironie (et une kalachnikov, juste au cas où).

Après avoir longtemps partagé son quotidien sur son blog, Princesse Soso nous relate ici une année type, avec toutes ses aventures. On commence avec la pré-rentrée où l’on réalise que les profs sont humains, que quand ils sont entre eux ils passent leur temps à languedeputer sur les élèves évacuer leur pression de leur mieux. On continue avec la découverte qu’une heure de cours est une merveille d’imagination pour les élèves en matière de jeu dangereux / insultes / vide intellectuel / trouvailles vestimentaires / lubies hygiéniques et que nombre d’entre eux ne vivent visiblement pas dans le même monde que nous. Au milieu de tout cela, on essaye de leur inculquer quelques valeurs (Non, écrire le nom d’un garçon sur ses seins pour en publier la photo sur son blog n’a rien de distingué ni de valorisant), et surtout, le désir d’apprendre et le plaisir de progresser. Et on regarde avec des yeux en forme de cœur l’élève trop choupi qui a tout terminé l’activité pendant qu’on sommait Kevvin de lâcher le cou de Miguelito. Car Princesse Soso aime son métier, et elle n’hésite pas à blâmer les parents d’élèves et leur absence d’éducation (“Ben si il aime pas l’école, on va pas le forcer…”) ou les idées lumineuses du terrible Ray Ktora. Bref, même si l’on est souvent horrifié de voir à quel point les adolescents peuvent aller loin dans leur refus de l’école et de toute forme de respect de la vie en société, même si on est horrifié de la confusion entre éducation et instruction et qu’on distribue volontiers des capotes pendant les réunions parents-profs, on se rend souvent compte qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer et essayer de les remettre aussi souvent que possible dans le droit chemin tout en passant ses nerfs en salle des profs ou sur internet. Ici donc, Princesse Soso est une jeune adulte au langage plus que fleuri, au sens de la répartie trèèèèèèès aiguisé, aux références aussi admirables que variées (elle cite aussi bien Pierre Bénichou que Sheldon Cooper) et dont la conception de son métier ne saurait que trop me ravir, qu’il s’agisse de ses opinions sur les punitions (qui sont faites pour faire passer l’envie de recommencer et pas pour améliorer son Anglais, donc pas d’exercices supplémentaires mais de bonnes vieilles lignes) ou sur le look (rien de mieux pour capter l’attention de ses élèves qu’un sac Chloé et une trousse Hello Kitty).

La note de Mélu: un coup de coeur!

coup de coeur 2

Princesse Soso, je baise tes escarpins, tu es mon guide spirituel et je vais de ce pas mettre un stylo à paillettes dans ma trousse Jack SKellington.

Un mot sur l’auteur: Princesse Soso est une professeure d’Anglais dans un collège de campagne, fan de cosmétique et de cuisine, et actuellement enceinte, ce qu’elle raconte avec toujours autant de piquant et d’humour et de languedepute sur son nouveau blog.

Ceci était un article parfaitement calé sur l’actu puisque demain, moi, et tous les élèves de France, on s’y re-colle (et peut-être elle aussi, même si c’est que pour quelques semaines…)

BONNE RENTREE!

Ce qui veut dire que je reprends aussi du service sur mon Journal d’une mauvaise prof. Je n’ai pas le talent de Princesse Soso, mais mes élèves ont sûrement autant d’imagination que les siens…

challenge petit bac

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