confessions d'une accro du shoppingRebecca Bloomwood est une femme harcelée. Oui, harcelée par ses banquiers. Elle ne compte plus les courriers de sa banque et de ses (nombreux) organismes de carte de crédit qui lui rappellent qu’il serait peut-être temps qu'elle solde son compte. Car Becky aime dépenser. Pour tout et n’importe quoi. Elle ne résiste pas à une offre spéciale, elle se jette sur la moindre promotion, elle fond pour une écharpe de marque et elle adore acheter plein de cadeaux à tout le monde. Elle doit prendre les choses en main: gagner plus, ou dépenser moins. La tâche s’annonce difficile pour elle. Un comble pour une journaliste financière dont le travail est justement de donner aux gens des conseils pour gérer leur budget!

J'ai abordé ce livre en m’attendant à quelque chose de léger, peut-être niais, mais en tout cas sans prise de tête. Jamais je n’étais resté sur une impression aussi opposée que celle que l’on me promettait. D’abord, j’ai été agréablement surprise par la manière dont le personnage est construit. Becky est complètement déconnectée de la réalité, a un sens des priorités bien à elle, capable dune organisation à toute épreuve si ça lui permet de décrocher un pull en soldes, et se contredit facilement d'une page à l’autre tant elle veut croire à des justifications et des résolutions proprement injustifiables. Bref, elle est très attachante, et les gags qui lui tombent dessus sont plutôt bien amenés, sans lourdeur, et j’ai plutôt accroché au personnage. Et si je l'ai trouvée si réussie, c’est que je l'ai trouvé étonnamment réaliste. Le discours de Becky sur sa propre addiction m'a paru extrêmement juste, j’ai cru me reconnaître dans les moments où moi aussi j’ai envie de dépenser, j’ai reconnu bon nombre de mes amis dans leurs crises de fièvre acheteuse. Sophie Kinsella met parfaitement en mots et en scène ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui fait chauffer la carte bleue, en commençant par le café et le muffin au bureau qui réconforte, le sandwich de midi, la sortie-détente au centre commercial en fin de journée, chacun trouve sa justification et l’engrenage dans lequel rentre Becky se trouve parfaitement décrypté et compréhensible. Elle en devient bipolaire, persuadée de faire quelque chose de formidable lorsqu’elle dépense, au trente-sixième dessous l’instant d’après.
Et c’est là peut-être que j’ai commencé à grincer. Parce que le roman ma paru trop réaliste. Parce que Becky est malheureuse de cette situation. Parce qu'elle se brouille avec beaucoup de gens. Parce qu'elle vit des situations toutes plus humiliantes les unes que les autres. Parce qu'elle se voile la face et a peur d’ouvrir la boite aux lettres ou de décrocher le téléphone de peur de devoir rendre des comptes. Parce qu'elle souffre. Ca devrait être drôle parce que c’est excessif, mais je sais que ça ne l'est pas, que des situations comme celles-ci existent et que des gens plongent dans de profondes dépressions nerveuses qui ont les mêmes symptômes et les mêmes causes: un besoin irrépressible d’être reconnus et aimés, ne serait-ce que pour qu’on dise "ah oui, la fille à l’écharpe bleue...". Même la fuite chez ses parents ressemble trop à une espèce de burn-out. Alors ce roman m'a laissée sur un profond malaise, je n’ai pas réussi à rire de ce personnage. Peut-être parce qu’il était justement trop bien conçu.

La note de Mélu:

Note 4

Un roman réussi et moins superficiel qu’il n’y parait.

Titre original: Confessions of a shopaholic (traduit de langlais)

Un mot sur l’auteur: Sophie Kinsella (née en 1969) est une auteure britannique, auteure de la série à succès des aventures de Becky Bloomwood.

130604-b-confessions-d-une-accro-du-shoppingLe film: en 2009, l’adaptation de ce roman sort sur nos écrans, signé P.J. Hogan. Le scénario a été quelque peu modifié: Becky travaille pour un magazine de jardinage, rêve d’écrire pour une revue de mode. Lorsque son banquier lui révèle qu’elle a des dettes fabuleuses, elle se retrouve, suite à des quiproquos et magouilles, à postuler chez Réussir votre épargne, magazine financier. Et obligée de cacher à son patron son incapacité à gérer son budget. En parallèle, sa meilleure amie prépare son mariage et Becky doit impérativement régler ses problèmes d’argent notamment pour acheter sa tenue de demoiselle d’honneur. Exit toute la profondeur et l’amertume sous-jacentes qui m’avaient tant marquée dans le roman: on retombe sur un scénario d’un classique consommé, qui multiplie les gags à peine crédibles vus et revus des dizaines de fois qui semblent ne surprendre personne. Un cliché de bout en bout, quoi. L’actrice Isla Fisher dans le rôle-titre ne m’a pas plus convaincue que ça, même si je n’ai rien à lui reprocher: elle va très bien avec ce scénario soigneusement aplani, comme un joli bonbon rose bien lisse. Heureusement, quelques jolies idées de réalisation rendent ce film agréable à regarder à défaut d’être franchement captivant, comme par exemple les mannequins qui s’animent dans les vitrines pour mieux appeler, séduire ou féliciter l’héroïne sur son chemin de la rédemption. Cela donne donc un film à regarder d’un oeil le dimanche après-midi, mais loin d’être inoubliable.