oh_boy_marie_aude_murail_080724112709L'auteur: Marie-Aude Murail a déjà croisé ma route, rappelez-vous c'était là.

Le livre: Siméon, Morgane et Venise sont des enfants sans parents: leur mère est morte et leur père a disparu de la circulation. Il faut donc les placer sous tutelle. Pour ne pas finir leurs jours en foyer, les enfants ont déjà pensé à tout: ils ont déjà une demi-soeur et un demi-frère, plus âgés, que leur père a eu d'un premier mariage. L'un d'eux acceptera bien de s'occuper d'eux. Josiane, la demi-soeur de trente-sept ans, se laisserait peut-être charmer par Venise, toute blonde du haut de ces cinq ans. Mais pour les deux grands, hors de question. Il faut donc se rabattre sur Barthélémy: mais à vingt-six ans, celui-ci vit encore au jour le jour, est bien loin des responsabilités qu'impliquent trois enfants, même si l'aîné, Siméon, est un surdoué de quatorze ans qui prépare son bac. Dernier détail mais pas des moindres pour l'assistante sociale et la juge des tutelles: Siméon est homosexuel.
Après avoir découvert Marie-Aude Murail, j'ai retenu ce titre qui avait cette particularité d'aborder des sujets rares en littérature de jeunesse. Ni une ni deux, ma bibliothèque municipale a comblé cette curiosité. L'histoire réunit des ingrédients visiblement chers à l'auteur: une enfance perturbée, difficile, un amour fraternel inconditionnel, et surtout les frontières floues entre le monde des enfants et celui des adultes. Siméon l'adolescent doit prendre en charge ses deux petites sœurs et sa jeunesse le rattrape avec sa maladie, alors que Barthélémy semble encore manquer de maturité lorsqu'il accumule les petits boulots et les conquêtes d'un soir et doit malgré lui assumer des contraintes familiales. Avec discrétion mais sans fausse pudeur ni politiquement correct, le roman aborde une homosexualité qui n'est pas le point central du roman mais n'en est pas moins présente, et qui fait l'objet de remarques hilarantes de la petite Venise ("Bart! Je suis pédésexuel comme toi! Regarde, moi aussi j'ai des boucles d'oreilles!"). D'autres sujets non moins délicats sont abordés, comme la violence conjugale, la leucémie ou encore l'impossibilité d'avoir un enfant. J'apprécie toujours cette aptitude des auteurs jeunesse à ne pas prendre les enfants pour des attardés et leur talent pour dédramatiser la réalité sans la dénaturer. J'ai cependant été moins touchée par les personnages que dans Simple, mais j'ai été sensible à l'humour de l'auteure, toujours aussi délicieux.

oh_boyLe film:  en 2008, une adaptation en téléfilm du roman sort sur nos petits écrans sous le titre On ne choisit pas ses parents. Thierry Binisti se penche sur cette attachante fratrie et nous présente Milan Argaud, Louise Héritier et Nova-Louna Castano dans les rôles respectifs de Siméon, Morgane et Venise. Les trois sont tout à fait convaincant, avec néanmoins une Morgane un peu en retrait par rapport aux deux autres personnages mais cela était déjà le cas dans le livre, il faut l'avouer: difficile de trouver sa place entre un Siméon maigrichon et supérieur, et une Venise toute blonde avec ses dents manquantes et ses répliques hilarantes de naturel. Mais bien évidemment, la trouvaille de ce film, c'est Flannan Obé, qui incarne Bart: blond, piquant, précieux sans tomber dans la caricature efféminée, puéril avec toutes les attitudes de l'adulescent, il est tout simplement parfait (sans parler de sa gueule d'ange). Tout comme le livre, le film réussit la prouesse de parler sans tabous de l'homosexualité assumée et de la tutelle difficile sans tomber ni dans les excès de pathos, ni dans le fausse pudeur : Bart embrasse son ami à pleine bouche, leurs disputes de couples sonnent juste au point qu'on oublie qu'il s'agit de deux hommes, et les douloureuses rêveries de Josiane devant les enfants tout comme les représentations de la maman "sur son étoile" s'accompagnent d'une poésie qui n'évite pas un pincement au coeur. En un mot, elles tombent justes. Le roman a été un peu tronqué, notamment toute la partie où Siméon est à l'hôpital qui a été supprimée, mais cela ne nuit pas à l'esprit du roman.
Un vrai bon moment et une belle prouesse à saluer! A noter le détail qui fait mouche: une chanson de générique intitulé "Les Morlevent ou la mort!" interprété par les enfants du film. Savoureux!

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