cl_vesL’auteur : Madame de Lafayette a écrit au XVIIème siècle. Très cultivée, dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche, elle ouvre à Paris son propre salon littéraire. Elle passe une grande partie de sa vie à fréquenter le monde et la cour. Rien de très original, en fait…


Le livre : On le tient pour le premier véritable roman français moderne. Il fut publié anonymement, tant il était mal vu à l’époque pour une femme de s’occuper d’écrire des livres. L’histoire en est très simple : la jeune Mademoiselle de Chartres est mariée très jeune au Prince de Clèves, qui a tout pour être aimable et que pourtant elle n’épouse que par raison. Elle rencontre plus tard le Duc de Nemours. Ils tombent amoureux, mais Madame de Clèves se refuse par fidélité et par vertu. De plus, la réputation de Monsieur de Nemour le précède : libertin, séducteur, toutes les femmes mettent en garde la jeune femme contre cette mauvaise fréquentation. Tout le roman consiste à plonger dans les réflexions et la psychologie de cette femme partagée entre son devoir et sa passion. Moins de torture et de grands élans que de justifications et de résistances. Sobre, assez neutre, le roman m’a cependant touché par la situation, mais surtout par cette manière de la traiter : suivant pas à pas les pensées de l’héroïne, le lecteur doit, pour apprécier, prendre un recul assez important par rapport à sa propre lecture.

Un livre qui peut paraître rébarbatif mais qu’on ne peut pas éviter.

la_belle_personne_AfficheLe film:  en 2008, Christophe Honoré adapte librement le roman de Madame de La Fayette. Les choix sont de taille: la cour d’Henri II est transposée dans une autre cour, celle d’un grand lycée parisien, rempli de tout autant de “belles personnes”. Mademoiselle de Chartre devient Junie, interprétée par Léa Seydoux. Elle arrive dans ce lycée en cours d’année, accueillie par son cousin Matthias (Esteban Carvajal Alegria). Très vite courtisée, Junie accepte de devenir la petite amie d’Otto (Grégoire Leprince-Ringuet), calme, droit, et surtout très amoureux d’elle. Mais au lycée, il y a aussi Nemours (Louis Garrel), le professeur d’italien, séducteur en série qui fréquente aussi bien ses collègues professeurs que les élèves. Très vite, il tombe sous le charme de Junie, mais elle s’obstine à le fuir.

De belles réussites dans ce film: les amours interdits, péchés, inaccessibles sont aussi présents au lycée Molière qu’au XVIIème siècle, tout comme le culte de l’apparence. Honoré a eu la bonne idée de dépoussiérer le thème intemporel en le mettant en application dans des situations très contemporaines, comme l’homosexualité. Les acteurs sont excellents: une Junie diaphane mais résolue, qui incarne à la fois la pureté et une grande sensualité; un Nemours qui a toutes les caractéristique du dandy décadent, ébouriffé, débraillé, cultivé, cigarette à la main et opéra italien aux lèvres; et surtout, surtout, un Otto qui accapare toute notre sympathie, qui a tout pour être aimé, qui incarne une vraie victime tragique sans overdose de pathos, tel l’ours en peluche déchiré par la vie dans l’album qui porte son nom. Tout en symbole, ce film réussit le pari de n'être pas réaliste tout en restant crédible (nan parce que des classes à 18 élèves où le prof est remplacé dès le lendemain, on me fera pas croire ça!). J’ai néanmoins trouvé la relation amoureuse virtuelle entre Junie et Nemours peu convaincante, elle souffre probablement de la retenue et la pudeur du personnage (pas d’analyse psychologique lafayettienne dans le film). Par contre, je n’ai pas aimé la fin: elle manque de relief.