Th_r_se_desqueyrouxL’auteur : François Mauriac débute en 1909 comme écrivain et poète, poursuit en politique et résistance pendant la seconde guerre mondiale, revient à la littérature à la fin de sa vie, prix Nobel, collaborateur du Figaro, de l’Express, élu à l’Académie Française et fait Grand-croix de la Légion d’honneur par le Général de Gaulle. Rien que ça.

Le livre : C’est l’histoire d’une accusée. A-t-elle empoisonné son mari ? Elle a en tout cas bénéficié d’un non-lieu, pour éviter tout scandale. Toute la première partie du roman raconte son retour chez elle en train, après le procès, et ses souvenirs des événements qui ont précédé. Son mari, qui a survécu à l’empoisonnement, la condamne cependant à rester enfermée. Prostrée, elle se laisse aller à tel point que son mari se demande s’il ne doit pas la libérer. Ce qui me plaît dans ce livre, c’est le suspens. Longtemps, on se demande si elle a réellement voulu tuer son mari. Longtemps, on essaye de la comprendre. Elle cède sous le poids des conventions bourgeoises, de son mariage fade, du désintérêt de son mari, de la maternité. On n’en sort plus. On a dit souvent que ce livre était un fascinant portrait d’une criminelle. J’adhère : il me laisse sur une drôle d’impression de terreur et de pitié, tout en me renvoyant à une terrible condition féminine. Sans tomber dans la suffragette, je dois dire que j’aime beaucoup ces héroïnes détestables et que les auteurs arrivent à nous faire aimer malgré tout.

therese_desqueyrouxLe film: en 2012, c'est Claude Miller qui propose sa version du roman. C'est la (trop) célèbre Audrey Tautou qui incarne la meurtrière. Le choix n'est pas mauvais pour moi: en femme aigrie, renfermée, maladive, la frêle et maigre Audrey Tautou fonctionne très bien. En revanche, j'ai moins senti ce besoin d'air et de passion contenue qu'est censé inspirer le personnage. Le mari, par contre, est interprété par Gilles Lelouche et je l'ai trouvé très bien, passant du bourru propriétaire chasseur au mari imbu de vengeance. Mais la grosse erreur du film a été de rétablir une narration linéaire. Tout l'intérêt de l'intrigue, le suspens sur la culpabilité de Thérèse, la dynamique de l'introspection et du souvenir, du "comment en est-elle arrivée à ça", est complètement gâché, oublié. Le film devient plat, et forcément, la platitude de la vie de Thérèse qui la poussera précisément au crime crée des longueurs: si on ne connaît pas l'histoire, on se demande où il veut en venir, et si on la connaît, on trépigne qu'elle passe à l'acte. Le drame intérieur de Thérèse, si poignant, reste bien trop intérieur et rien ne vient le souligner si ce n'est quelques scènes d'incendie ou de calme anormal alors que son bébé pleure et qu'elle épluche tranquillement des amandes. L'absence de musique m'a souvent aussi dérangé. Bref: un film peut-être trop hermétique pour moi.