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Un écrivain, déjà reconnu pour ses nombreux romans, se retrouve en panne d'inspiration. La fameuse angoisse de la page blanche... A défaut de savoir quoi écrire, il lui écrit à elle. "Chère page blanche..." Il lui confie tout. Son histoire. Ses doutes. Ses inquiétudes.  Ses fantasmes. Ses fêlures. Ses cauchemars. Et surtout, il espère que de là reviendra l'inspiration. Qu'elle va peut-être lui répondre, cette page blanche. Et si elle finissait par répondre?

Commençons par cela: j'aime beaucoup les romans épistolaires. Ils demandent un mode de lecture particulier: remplir les blancs, faire les liens d'une lettre à l'autre, suivre la temporalité et les petites subtilités de ce mode d'écriture, j'adore. J'ai seulement regretté que les lettres ne soient pas datées, que les particularités épistolaires ne soient pas un peu plus soignées ou mises en avant. Ici, les lettres restent longtemps à sens unique, à la manière d'un journal. D'ailleurs, c'est exactement ce qu'est la page blanche de l'écrivain: le reflet de lui-même et de son propre manque d'inspiration. Et c'est pour cela qu'elle est si terrible: ce vide, l'auteur ne peut le supporter car il se senti vide lui-même. Une véritable dépression mise en mot et en page, puisque certaines ne comportent que quelques lignes bien solitaires. 
Parce que bien sûr, à un moment, il va y avoir des réponses. Et quelles réponses! Tellement cinglantes que l'auteur ne peut même pas les entendre. Elles renvoient une bonne claque dans la tête de celui qui croit pouvoir imputer à la page blanche la responsabilité de son propre vide. Ce revirement dans le ton du roman est tout simplement jouissif et j'ai beaucoup aimé cette petite humiliation et leçon d'humilité que l'auteur se donne à lui-même.
Ironie de la chose: ce qui devait être une longue série de reproches et de suppliques concernant l'incapacité à écrire se transforme en roman. La conversation avec la page blanche devient l'objet même du roman, faisant du problème sa propre solution. Cette pirouette m'a beaucoup plu et j'ai seulement regretté que le livre ne soit pas un peu plus long, ne développe pas un peu mieux la relation entre l'artiste et son oeuvre.

La note de Mélu:

Note 5

 

Un mot sur l'auteur: Jean-Baptiste Piotto est un auteur qui s'est illustré déjà dans le roman policier et dans le jeunesse historique.