si loin de kaboul

C’est le grand soir. Ce soir, Fadi fuit l’Afghanistan avec sa famille. Le régime totalitaire des Talibans est devenu bien trop répressif, et ils ont déjà approché son père Habib, intellectuel qui a fait ses études aux Etats-Unis, pour servir leur cause. Hors de question. Mais en pleine nuit, au milieu des autres migrants, des passeurs, dans le danger des Talibans qui les poursuivent, sa petite soeur Mariam, six ans, lâche sa main. Et échoue à monter dans le camion. C’est rongé par la culpabilité que Fadi doit commencer une nouvelle vie en Amérique, entassé avec sa famille dans un minuscule logement, dans une école où le racisme est bien présent et où il n’a qu’un objectif: retrouver Mariam.

On n’a jamais parlé autant de migrants qu’en ce moment et c’était là une bonne opportunité pour se plonger dans ce roman jeunesse dont le contexte pourtant est loin d’être récent puisqu’il va faire des attentats de Manhattan en 2001 un de ses événements centraux. Vécue à hauteur d’enfant, par les yeux de Fadi, cette histoire est absolument poignante. La scène de la perte de Mariam, qui s’arrête pour ranger sa poupée, une poupée Barbie interdite par les Talibans, trop vivante avec sa robe rose, est déchirante par toutes ses contradictions. On y retrouve aussi la promiscuité forcée, le décalage puisque Habib, titulaire d’un doctorat délivré par une université américaine, est contraint de travailler comme chauffeur de taxi, la difficile intégration d’enfants qui n’ont plus de repères. Et tous, à tour de rôle, expriment cette terrible culpabilité de n’avoir pas su protéger la petite dernière.
Très émouvant, ce roman est aussi instructif et s’attaque au sujet très compliqué de l’exil politique. Le régime Taliban, tantôt sauveur, tantôt bourreau, n'est pas aisé à comprendre, suscite des réactions complexes et contrastées chez les Afghans eux-mêmes et il était loin d’être simple d’en faire le sujet d’un roman jeunesse. Le pari est réussi haut la main, car sans caricature, sans  manichéisme, on nous dépeint un peuple déchiré et doublement victime. On y découvre aussi, notamment pour ceux qui comme moi n’y connaissent rien, quelques-unes des valeurs sociales et familiales qui font aussi la beauté de cette histoire, une solidarité à toute épreuve qui les lie les uns aux autres dans l’adversité.

La note de Mélu:

 Note 5

A mettre entre toutes les petites mains.

Un mot sur l’auteur: N. H. Senzai vit actuellement aux Etats-Unis, mais elle s’est inspiré de l’histoire de son mari, qui a fui l’Afghanistan, pour écrire ce livre, plusieurs fois primé.