le bal des louvesA la fin de l’année 1500, le Seigneur François de Chazeron est connu pour sa cruauté. Le braver, c’est la mort. Et lorsqu’il aperçoit la jolie Isabeau, quinze ans, à la veille de ses noces, il exige d’exercer sur elle son droit de cuissage. Terrifiée, Isabeau tente de fuir avec son mari aussitôt le mariage prononcé, mais ils sont rattrapés. Il est pendu, elle est enfermée avec le Seigneur, violée, maquée au fer rouge et jetée aux loups. Son prévôt, Huc de la Faye, doit réfréner son dégoût et obéir aux ordres sanguinaires. Mais lorsque le Seigneur de Vollore décide d’infliger le même châtiment à Albérie, la petite soeur d’Isabeau, il la sauve en l’épousant. Distante, Albérie reste marqué par le sort de sa soeur. Car les loups ne l’ont pas touchée, au contraire. Ils l’ont sauvée car comme toutes les femmes de la famille, elle est des leurs, et depuis le fond des forêts, elle prépare sa vengeance. Voici maintenant quinze ans qu’elle a été souillée, quinze ans que Huc est marié à la froide et mystérieuse Albérie, et le moment est venu pour les soeurs de passer à l’action.

Le Moyen Age de Mireille Calmel, c’est un Moyen Age plein de fées, de créatures fabuleuses, de croyances et de mythes aussi fabuleux que cruels. Certains lui reprochent des inexactitudes historiques, mais cela donne une histoire tellement addictive que je lui pardonne volontiers. Le coeur de l’intrigue, c’est cette vengeance de femmes qui se met en place. Le mystère est savamment distillé, entretenu, autour d’une chambre dans laquelle de drôles de choses se passent et où le Seigneur de Vollore pourrait bien trépasser. D’autres fils narratifs sont lancés et vont venir s’entremêler avec celui-ci. Car avant même qu’Isabeau, Albérie et leurs affinités avec les loups viennent marquer la vie de François de Chazeron, des cadavres d’enfants atrocement mutilés sont retrouvés, dans un état tel qu’on soupçonne une créature démoniaque, une sorte de garou, d’en être responsable. On n’aura de cesse de se demander quel est le plan d’Albérie, qui sème les cadavres et quel rôle les loups jouent réellement dans tout cela.
L’autre atout de ce livre, ce sont ses personnages particulièrement attachants. A commencer par Huc de la Faye, qui m’a beaucoup ému. D’abord prisonnier d’un dilemme de conscience entre ce qu’il trouve juste et sa loyauté à son Seigneur, il se rachète en consacrant sa vie à prendre soin d’Albérie, dans un mariage chaste et néanmoins complice où il respecte tous ses secrets. Il y a beaucoup de noblesse dans ce personnage très humain, faillible et pourtant si fiable. Le Seigneur de Chazeron, quant à lui, est un mélange efficace de barbarie et de raffinement. Loin d’être la grosse brute que l’on voudrait, il est redoutable y compris lorsqu’on croit qu’il est au tapis. Leur opposition silencieuse, tant physique, qu’idéologique ou amoureuse, est une des lignes de force du roman. J’ai eu aussi beaucoup de sympathie pour Philippus, jeune médecin suisse, qui parcourt la France et rencontre un garçon nommé Michel de Nostre-Dame, à la lucidité stupéfiante: on se demande franchement ce qu’il vient faire dans cette histoire jusqu’à ce qu’il demande asile au château du Seigneur de Vollore.
La plongée dans l’univers fantastico-médiévale de l’auteure est toujours un délice. Ici, tant par le vocabulaire (quelques notes vous aideront à suivre) que par les croyances en tout genre et coutumes barbares, le dépaysement est garanti. On renouvelle avec efficacité le mythe du loup-garou comme mythe lunaire et donc féminin, et je pense essayer de me procurer le tome 2 de cette série très bientôt!

La note de Mélu:

Note 5

Très réussi!

Un mot sur l'auteur: Mireille Calmel (née en 1964) est une auteure prolifique qui fait désormais autorité dans le roman médiéval. De la même auteur, sur Ma Bouquinerie:

ali_nor2  le chant des sorcières