untitledLe Magasin des Suicides, c’est tout un concept: “Vous avez raté votre vie? Avec nous, vous réussirez votre mort”. La boutique vend en effet tout ce qui est nécessaire pour se suicider de la manière la plus adéquate: poison, corde, armes en tout genre… Vous êtes sûr de trouver ce qui vous correspondra. La boutique est tenu par la famille Tuvache. La mère, Lucrèce, est derrière la caisse, accueillant chaque client d’un “Mauvais jour, monsieur”. Le père, Mishima, se trouve le plus souvent à l’atelier à élaborer de nouveaux produits. Le fils aîné, Vincent, se bat en permanence avec une migraine de dépression qui l’oblige à se bander la tête de peur qu’elle n’explose. La fille, Marilyn, se morfond, incapable de trouver sa place dans le magasin. Ils prospèrent donc, image vivante du désespoir qui fait vivre leur commerce. Mais depuis la naissance du petit dernier… Alan est un enfant bien étrange. Pensez-vous: des boucles blondes, des joues roses rebondies et surtout, un sourire éclatant. Cet enfant est la joie de vivre incarnée. Et en grandissant, ses excentricités se multiplient: il chantonne, dit à ses proches qu’il les aime et même à sa grande soeur qu’elle est jolie. Incompréhensible…

Un concept aussi provocateur, il fallait oser. Et Jean Teulé est un auteur qui ose. Sa famille Tuvache est une belle trouvaille. Tous portent des prénoms de suicidés célèbres (Van Gogh, Monroe…) et les enfants sont des merveilles d’humour noir et de cynisme. J’ai adoré le caractère complètement illuminé de Vincent, l’artiste de la famille, qui peint des tableaux capables de faire mourir de peur celui qui les regarde, au bon physique saturnien avec sa tête bandé. Mais j’ai surtout adoré Marilyn, la jeune fille qui ne rêve que de pouvoir enfin se donner la mort pour donner un sens à sa vie, et qui se révèle une véritable vamp vénéneuse capable qui promet de donner la mort d’un seul baiser. Son évolution au cours du roman est à la fois touchante et beaucoup moins superficielle et artificielle que ne le laisse penser le reste du roman.
L’intrigue met pourtant un peu de temps à démarrer. Au début, on prend longuement le temps de nous présenter le concept sous toutes ses coutures et l’auteur fait preuve d’une imagination débordante. Ainsi, on trouve toutes sortes de poisons, dont les mélanges permettent d’atténuer les effets secondaires comme la bouche trop sèche. Mishima vient d’ailleurs de mettre au point un parpaing muni d’un anneau et d’une chaine pour se noyer efficacement. Mais on peut aussi faire preuve de plus de poésie et d’inventivité: le kit Turing, du nom d’Alan Turing, comporte ainsi une pomme enduite de cyanure, une petite toile, des pinceaux et quelques tubes de peinture, et permet de se suicider de la même manière que le scientifique, en croquant une pomme empoisonné après l’avoir peinte. Amatrice d’humour noir, j’ai beaucoup aimé, même si j’ai eu un doute à un moment sur la tournure que pourrait prendre l’intrigue à ne pas avancer plus que cela. Heureusement, quelques retournements de situation bien placés relancent l’intérêt efficacement.
Pour un voyage en voiture d’environ cinq heures, ce livre audio était un peu court, mais avait l’avantage d’être à la fois original et facile à suivre. L’interview de Jean Teulé qui le suit était particulièrement intéressante, notamment sur le genèse et la réception du livre auprès de personne chez qui le suicide est un sujet délicat. J’ai regretté cependant que, même si Thierry Fréret livre une performance honorable, la lecture manque parfois d’expressivité et d’énergie pour un livre qui est censé être une comédie.

La note de Mélu:

Note 4

Un bon divertissement.

Un mot sur l’auteur: Jean Teulé (né en 1953) est un romancier français qui a d’abord travaillé à la télévision, sur Canal +  et écrit également des scénarii pour le cinéma.D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

le montespan

challenge petit bac

catégorie “bâtiment”