la-princesse-de-montpensierL’auteur: Madame de La Fayette (1634-1693) a d’abord publié anonymement, puisqu’il était très mal vu pour une femme d’écrire, au XVIIème siècle. Elle est l’auteure de la célébrissime Princesse de Clèves.

Le livre: A la fin du XVIème siècle, alors que les guerres de religion font rage, le jeune duc de Guise est amoureux et aimé de la très jeune et très belle mademoiselle de Mézières; malheureusement, celle-ci est promise à son frère, et le jeune homme n’ose protester. Lorsque le Prince de Montpensier demande la main de la demoiselle, il échappe au moins à la souffrance de la voir près de lui comme sa belle-soeur. Elle devient Mme de Montpensier, et le Duc s’éloigne d’elle pour apporter son aide au Roi sur le champ de bataille. Un an plus tard, la guerre reprend de plus belle, et c’est le Prince lui-même qui est appelé sous les drapeaux, laissant sa femme en compagnie de son fidèle ami le comte de Chabane. Le comte s’éprend alors de la Princesse, et se déclare, mais il n’a en retour que l’assurance d’être considéré comme un ami fidèle. C’est alors que le Duc de Guise, accompagné du Duc d’Anjou, frère du Roi, rencontrent la Princesse lors d’une promenade en bateau. Immédiatement, le Duc de Guise sent que sa passion d’autrefois est en train de renaître, et pour couronner le tout, le seigneur lui-même tombe amoureux de la belle Princesse de Montpensier.

Mais quelle tombeuse, cette princesse! Il n’y a que dans les romans qu’apparaît une femme suffisamment jolie pour que le moindre mâle qui la croise tombe amoureux d’elle: trois d’un coup, dis! L’enjeu est de taille: restera-t-elle fidèle à son mari, succombera-t-elle à son amour de jeunesse, cèdera-t-elle aux avances du futur roi? Car pour ne rien arranger, son mari est jaloux, a l’oeil qui traîne et n’hésite pas à faire des scènes à sa femme. Ce que j’ai apprécié dans ce livre, c’est sa brièveté: on ne s’embarrasse pas de descriptions, de grandes analyses ou de tergiversations: ça fonce, c’est direct. Ce qui m’a un peu déstabilisé, c’est le style, froid, fait de longues phrases très factuelles sur un rythme très égal qui ne permet ni de reprendre son souffle ni de le retenir. Mais même si le livre ne fait rien pour, on ne peut s’empêcher de craindre ce mari jaloux, et surtout de prendre en pitié le comte de Chabane, qui se console du rejet de la princesse par une confiance totale, à laquelle il répond par un dévouement sans faille, quitte à l’aider à revoir le Duc de Guise en cachette et à se sacrifier pour son rival pour éviter des larmes à la femme qu’il aime. Elle, on la giflerait de lui infliger cela. J’ai donc été surprise de retrouver une telle intensité dans les personnages en si peu de pages. Dernier point mais non des moindres: on voit apparaître en personnages secondaires un certain Henri de Navarre et une Reine Margot, puisque l’histoire se termine avec la Saint-Barthélémy, et là encore, j’ai eu beaucoup de plaisir à resituer ces personnages qui m’étaient inconnus en marge de la grande Histoire.

La note de Mélu:

Note 4

Un classique facile à lire et qui ne manque pas d’intérêt.

 

la_princesse_de_montpensierLe film: en 2010, l'adaptation par Bertrand Tavernier de la nouvelle de Mme de La Fayette était attendue et a fait parler d'elle au festival de Cannes. Il confie à Mélanie Thierry le rôle de la désirable princesse. Si j'étais un peu dubitative devant le physique affirmé de la demoiselle, je dois lui reconnaître un talent certain. Elle fait montre d'une fraîcheur et d'une prestance remarquable, et je suis tout à fait conquise par son rôle de jeune fille aussi naïve qu'intelligente, aussi spontanée que torturée, elle campe donc une princesse aussi convaincante qu'attachante et donne au personnage un peu froid et lointain de Mme de La Fayette beaucoup d'épaisseur. En face d'elle, j'ai eu le plaisir de retrouver un Lambert Wilson toujours impeccable, très émouvant dans le rôle du comte de Chabane, avec une retenue et une pudeur très touchantes, dans un jeu amoureux à la fois dévoué et paternel. Le rôle d'Henri de Guise est tenu par Gaspard Ulliel, séducteur à souhait avec son côté bad boy, jusqu'au brushing nickel et cicatrice sur la joue. J'ai également beaucoup aimé le sourire sournois et le regard acéré de Raphaël Personnaz en frère du roi: il est réellement saisissant de finesse et d'intensité. J'ai été moins séduite par la prestation de Grégoire Leprince-Ringuet que j'ai trouvée assez plat et monocorde en mari délaissé. Mais cela mis à part, je trouve le casting de ce film d'une grande qualité et tous sont un vrai plaisir à voir.
L'adaptation a le mérite de respecter scrupuleusement l'intrigue originale en lui apportant beaucoup d'épaisseur. Là où Madame de La Fayette se contentait du factuel, le film apporte du romanesque, de l'épique, du dramatique: on nous emmène à la cour de la reine Catherine de Médicis, on assiste à l'éducation aristocratique d'une princesse encore trop provinciale, on nous entraîne sur le front des guerres de religion ou dans les rues lors de la péparation de la Saint-Barthélémy, on tournoie dans un bal masqué. Tout cela crée une réelle profondeur des personnages en nous immergeant dans leurs aventures au lieu de simplement en faire la mention et l'ambiance du film en sort grandie.
Cette ambiance n'est pas en reste quant aux superbes costumes, notamment les robes de Marie de Montpensier. Visuellement, le film est une plongée dans le XVIème siècle et ses subtilités, puisqu'on ne reste pas dans les paillettes de la cour. La vie de la princesse à la campagne, dans un chateau froid et vide, est aussi bien montrée que les réjouissances de la cour.
Mon seul regret concerne la fin du film, que j'ai trouvée un peu trop plate, peut-être un peu trop naturaliste et pas assez romanesque pour le coup. Mais cela excepté, j'ai passé un excellent moment.

 

 

 

 

29/52

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

 

Ironie de la chose, c’est le même acteur qui jouait l’équivalent du Prince de Clèves dans La Belle Personne et qui joue ici le Prince de Montpensier, il semble abonné aux rôles de mari malheureux.