madame bovaryCharles Bovary est un jeune homme sans grande ambition, sans grande intelligence non plus. Un jeune provincial simple. Poussé par sa mère plus que par la vocation, il devient médecin et épouse une veuve particulièrement autoritaire et bien peu aimable, mais riche. Alors qu’un jour il se rend à la ferme des Rouault pour soigner le maitre des lieux d’une jambe cassée, il rencontre la fille de celui-ci, la jeune Emma. Elevée au couvent, pleine de rêveries trouvées dans des romans sentimentaux qui lui ont fait soupirer après des intrigues galantes et une vie passionnée, celle-ci s’ennuie mortellement dans la ferme de son père. Aussi accepte-t-elle bien vite lorsque Charles, peu après la mort de son épouse, la demande en mariage. Et avec toute sa simplicité, toute sa bonhommie, il l’aime, sincèrement. Le matin, il part en embrassant sa femme, le soir il revient et la retrouve avec plaisir dans le salon. Et il ne voit pas que Emma, loin de trouver dans sa vie de femme mariée l’embrasement passionné des romans de sa jeunesse, s’ennuie toujours autant.

Encore une relecture pour un roman lu ado et déjà critiqué sur ce blog en avril 2007 (que le temps passe vite!) Je voulais redécouvrir cette si célèbre histoire. Ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point le sentiment que j’ai eu pour cette Emma a été ambigu. Elle est parvenue à la fois à m’émouvoir et à m’énerver. Naïve et soumise à un époux plat et sans aucune subtilité, elle incarne évidemment la femme du XIXème siècle, qui n’a que peu voix au chapitre, confrontée à des hommes qui eux ont une vie sociale, sentimentale et professionnelle et n’ont pas de compte à rendre. Et dans son désir absolu de vivre ses rêves, d’aspirer à une vie trépidante qui la fasse vibrer, qui la fasse se sentir belle, désirée, aimée, elle est bien sûr très touchante. Pourtant, on a envie de la secouer, tant sa naïveté agace: d’un égoïsme sans nom, elle oublie volontiers sa fille, dépense sans compter de l’argent qui ne lui appartient pas, ne cesse de changer d’avis et est incapable de voir la réalité des choses. Cette ambivalence fait probablement tout le sel du personnage.
Ce qui est surtout mis en avant, c’est le décalage qu’elle entretient avec la réalité. Réalité dans laquelle les princes charmants n’existent pas, dans laquelle le bal n’est pas le lieu de tous les délices. Au contraire, autour d’elle, où qu’elle soit, ce n’est que bassesse, bêtise, amoralité. J’en veux pour preuve l’évolution de Léon, le jeune clerc qu’elle croise d’abord à Yonville et qui lui voue un amour pur et plein de délicatesse, et qui après quelques centaines de pages, revient bien décidé à consommer immédiatement cet amour mais pas à sauver Emma de ses ennuis (dans tous les sens du termes). Partout où elle va, on lui rappelle que personne n’est prêt à l’enlever au bout du monde pour vivre d’amour et d’eau fraiche et que ses rêves sont particulièrement déplacés et ridicules les pieds dans la boue de la campagne normande. Et que dire de Homais, le pharmacien à l’ego surdimensionné prêt à pousser Charles à charcuter un homme si cela lui permet d’en retirer les honneurs en toute bonne conscience…
Cependant, j’ai surtout été émue par Charles. Pourtant, c’est clairement un imbécile heureux, qui se laisse pousser de droite et de gauche par les femmes de sa vie, sans réelle volonté. Et lorsqu’il parvient à épouser une femme jeune, jolie et qu’il aime tendrement, pour lui, tout est atteint. Mais dans ce roman où tous finissent pas se montrer plus bas et plus vils les uns que les autres, il est peut-être le seul à garder des intentions nobles, certes simples, mais réellement sans arrière-pensée, sans autre volonté que de vivre heureux et longtemps avec sa femme. Sa découverte de ses dettes et de ses infidélités, après sa mort, est déchirante. Et je comprends mieux, maintenant, pourquoi le roman commence avec son enfance à lui et finit avec sa mort à lui.
Si j’ai lu ce roman avec fluidité et facilité, je dois néanmoins admettre que le style de Flaubert ne m’a pas réellement accrochée. Probablement parce que, volontairement, il ne s’attache pas à Bovary. Il l’analyse, la décrypte, nomme ses sentiments et ses pensées sans vraiment les illustrer, sans jamais lui permettre de les vivre ni de les montrer. Il reste volontairement très extérieur, très froid, refusant à Bovary l’empathie même de son auteur, et donc de son lecteur. Habile.

La note de Mélu:

Note 4

Verdict: ça fonctionne toujours.

Un mot sur l’auteur: Gustave Flaubert (1821-1880) est un auteur français qui a vécu très critique la révolution de 1848 à Paris. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

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