leliseurlivre1L'auteur: Bernhard Schlink (né en 1944) est un écrivain allemand qui a commencé sa carrière en écrivant des romans policiers. Il est aussi professeur de droit à l'université de Berlin.

Le livre: Michael a quinze ans lorsqu'il rencontre dans la rue Hanna Schmitz, une femme de vingt ans son aînée. Il devient son amant et ils vivent six mois de relation amoureuse durant laquelle le lycéen lui fait la lecture régulièrement. Mais un jour, Hanna disparaît subitement. Michael poursuit sa scolarité et s'inscrit en faculté de droit. Un de ses séminaires l'amène à assister et à analyser le procès de criminelles de guerre: elles étaient gardiennes des femmes enfermées à Auschwitz. Parmi les accusées, il reconnaît Hanna.
Un des nombreux romans sur fond d'holocauste qui se démarque à plusieurs niveaux. Le point de vue choisi est original, et le héros, qui raconte son histoire à la première personne, apporte un éclairage nouveau. L'histoire d'amour très sobre entre les deux héros m'a beaucoup touché, le personnage d'Hanna est à la fois mystérieux et très terre à terre. Difficile de décider si l'on doit la condamner ou pas: le roman amène souvent à mettre en relation son rôle dans l'Histoire et son comportement avec son jeune amant, sans apporter de réponse. La seule idée tangible que nous pouvons nous faire d'elle est son désir de rédemption dans la dernière partie du roman. La langue est simple, franche, et l'on ne voit pas passer les quarante ans sur lesquelles s'étale l'histoire. Ce roman ne fournit aucune réponse, il laisse beaucoup de choses en suspens et soulève également un questionnement crucial: comment se situer par rapport à ceux qui ont vécu l'horreur lorsqu'on ne l'a pas soi-même vécu? Le narrateur ne cherche pas à savoir si Hanna est coupable ou non, mais bien si lui a été coupable, à un quelconque moment, d'avoir un lien avec cette femme. Ce questionnement, déjà évoqué dans Maus, me semble être celui de toute une génération.

La note de Mélu:

Note 5

C'est un livre qui ne laisse pas indemne, et je le recommande à tous.
Titre original: Der Vorleser (traduit de l'allemand)

the_readerLe film: en 2009, Stephen Daldry propose un film adapté du roman de Berhard Schlink. Dès le départ, il pense à Kate Winslet pour incarner Hanna. A mille lieues de la printanière Rose de Titanic, elle est ici à la fois terre-à-terre et immatérielle, mystérieuse, fragile et inébranlable. Superbe. Face à elle, pour camper Michael, l'on retrouve David Kross, un jeune acteur allemand né en 1990 qui a donc juste dix-huit ans au moment du tournage, puis Ralph Fiennes qui prête ses traits au Michael adulte. Le jeune David Kross est particulièrement épatant en jeune homme déchiré entre deux générations. Le film suit scrupuleusement l'intrigue du livre, mais pour rendre l'idée que c'est Michael qui rétrospectivement raconte sa propre histoire, le film s'ouvre sur un Michael adulte, une conquête d'un soir quittant son appartement, et sur le point de se rendre à un rendez-vous avec sa fille. Régulièrement, l'histoire de l'homme viendra donc s'intercaler avec le récit de sa jeunesse. La mise en scène m'a séduite: elle est assez crue, mais sans vulgarité. La bande-son use avec art des lourds silences pesants, des fonds sonores flous et essentiels: ainsi le spectateur se rend compte avant Michael que c'est Hanna qui est interrogée dans le tribunal. Le film sublime l'hymne à la lecture à voix haut du livre, en faisant lire les comédiens, et l'on reconnaît Homère, Kafka, Tolstoi, Lawrence et les autres: bouleversée à chaque lecture, Hanna est l'image même de la puissance de la littérature. Un film aussi poignant que le livre, une superbe réussite cinématographique et une belle adaptation.

 

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