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Lettre "P"

L'auteur: Pierre Péju (né en 1946) est de cette génération d'étudiants qui bouleverse la Sorbonne en mai 1968. Il a enseigné au lycée Stendhal de Grenoble (donc à côté de chez moi, quoi!)

Le livre: Ce soir-là, Etienne Vollard le libraire rentre au volant de sa camionnette pleine de livre, dans le brouillard, sous la neige. Ce soir-là, Thérèse Blanchot est encore en retard pour aller chercher sa petite fille à l'école. Ce soir-là, Eva, ne voyant pas sa mère arriver, s'enfuit en courant. La camionnette la percute de plein fouet. Eva dans le coma, Thérèse impuissante devant cet enfant qu'elle n'a jamais compris, qui ne sait pas comment être une maman, Vollard qui n'a jamais vraiment été autre chose qu'un lecteur solitaire, les trois destins basculent. Thérèse s'enfuit. Vollard commence alors à réciter à Eva des morceaux des nombreux livres qu'il a lus et stockés dans sa mémoire prodigieuse.

Ce roman me laisse un peu perplexe. Je l'ai trouvé particulièrement poétique et juste, dans l'histoire de Vollard notamment, qui ne demande rien à part pouvoir lire. Pierre Péju est particulièrement juste aussi dans sa description de la Chartreuse, cette montagne auprès de laquelle les villes poussent mais qui reste vierge, sauvage, à la fois inquiétante et protectrice. Par contre, j'ai trouvé qu'il n'exploitait pas assez le parrallèle qu'il fait entre la petite fille surnommée la petite Chartreuse et l'ordre des moines qui lui donne ce surnom, alors que lorsqu'on les connaît un peu, il y a tellement de choses à en faire. Enfin, c'est la chartroussine en moi qui parle. Bien sûr, le personnage de Vollard est au centre du roman, ce personnage de lecteur qui finit mal, comme la plupart des grands personnages de lecteurs de la littérature. A croire qu'on ne peut vivre des livres sans être condamné. Quant à la fin du roman, elle m'a là encore laissé en suspens. J'ai eu envie de relire les dix dernières pages pour vérifier que oui, ça se finit bien comme ça. J'ai aimé parce que c'est très bien écrit et parce que c'est une déclaration d'amour à la littérature. Mais j'aurai aimé que la littérature soit associée à la vie, pour une fois.