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Années 1950. Un suicide inexpliqué attire l'attention d'Isabeau Le Du, enquêteur spécialisé dans les affaires les plus mystérieuses. Mais il ne convainc pas son mentor et associé, Evariste Fauconnier, le brillant cerveau du duo. Trop banal, trop simple. Surtout face à l'autre affaire qui s'offre à eux. Sept morts dans un palace vénitien. Tous appartenaient à la même fondation et personne n'arrive à savoir la cause de la mort. Et surtout, une huitième collègue, dans le même palace, est la seule à avoir survécu et est même la principale suspecte. 

Ce roman a atterri sur ma liseuse suite à une opération promotionnelle pendant le confinement et je l'ai ouvert à cause du titre sacrément réussi. Et je n'ai pas regretté une seconde: c'est une pépite. Le style en est volontiers cynique, bourré de second degré et d'humour noir, à la fois raffiné et dynamique. Exactement ce que j'aime. A titre d'exemple, notez que l'ouverture du roman est un mari qui avoue à sa femme détester le thé avant de se défenestrer. Ça annonce la couleur. 
Pour accompagner ce ton délectable, on découvre un duo d'enquêteur à la fois très classique et très original. Classique car, à la manière de Sherlock et Watson, on y suit le génie avec toute son excentricité par le regard de son accolyte parfois franchement malmené et dérouté. Original par leur profil et la relation qui se tisse entre eux. Evariste est le génie du duo: son cerveau fonctionne à cent à l'heure, il comprend tout et il est quasiment impossible à suivre. Il a ses manies (on ne jubile pas avant 21 heures), ses réactions totalement en décalage avec la bienséance (il écoute les meurtriers, parce que les victimes sont mortes et n'ont donc plus rien à dire) et son passé douloureux. Isabeau, son assistant et surtout son apprenti, lui sert de contrepoint réaliste: c'est lui qui le renvoie devant ses bizarreries, conduit l'Aston Martin, porte une arme. Leurs dialogues à coups de piques mutuelles sont tout simplement savoureux, et leur indispensable majordome Georges, le seul à fournir un thé qui puisse satisfaire Evariste, est la cerise sur le gâteau.
Face à un tel duo, il faut une intrigue à la hauteur. Tortueuse, inextricable, elle a réussi à me prendre dans ses filets malgré quelques éléments plutôt classiques, comme l'artifice du journal intime ou les ressorts diaboliques conjugués des Nazis ou des fanatiques religieux. On distille soigneusement les fausses pistes, on met en place une société aux agissements secrets, on y ajoute un soupçon de folie à la limite du fantastique, on fait intervenir les enfants victimes puisque c'est le comble de l'horreur. Et oui, ça marche. Parce qu'il y a des twist remarquables, des personnages secondaires ciselés, des scènes d'actions efficaces et surtout, une fin très bien négociée

La note de Mélu:

Note 5

 

Un mot sur l'autrice: Oren Miller est originaire de Lyon, juriste de formation. Elle écrit aussi des romances sous un autre de ses pseudonymes, Lucie Castel.