front russe SP luxe.inddQuand il était petit, il voulait voyager et dévorait les magazines Géo. Il passe donc le concours pour entrer au Ministère de Affaires Etrangères, dont les perspectives d’évasion le font rêver. Mais intimidé et embarrassé par un attaché-case démesuré, il commet une bourde dès le premier jour qui Jlui vaut des représailles inattendues. Adieu les beaux bureaux pleins de rêves du Quai d’Orsay, il est nommé au bureau des pays en voie de création, section Europe de l’Est et Sibérie. Dans le jargon, on l’appelle le front russe: un no man’s land qui se fait oublier, où l’on est enlisé dans des missions plus ou moins fictives. Le voici donc dans un bureau du XIIIème arrondissement avec les tenues extravagantes d'une post-soixante-huitarde, un chef militaire nostalgique du général de Gaulle qui lui remet son “paquetage de nouvelle recrue fraîchement arrivé du Quartier Général”, un informaticien aux t-shirts du monde entier preuve de son travail harassant, et un collègue de bureau qui trie les dossiers en fonction de la couleur de peau des habitants…

J’ai découvert ce livre sur le blog de Lili Galipette et je ne regrette pas tant ce livre est débordant d’humour et d’absurdité. On commence par prendre en pitié ce provincial rêveur pressé de vivre le rêve parisien grâce au sacro-saint concours de la république. Sa maladresse est touchante. Vient ensuite le moment du n’importe quoi: depuis l’intitulé même des “pays en voie de création” jusqu’aux personnalités névrosées par l’absence d’intérêt de leur travail, j’ai souvent ri franchement devant ce bureau oublié où l’on fait semblant de faire travailler des gens qui perdent contact avec la réalité de leur métier tant la lourdeur administrative la leur fait oublier. Je me suis régalé à la lecture d’un échange de mail concernant un pigeon mort sur le rebord de la fenêtre, qu’il est impossible de retirer avant le prochain passage de l’équipe de nettoyage de vitre et qui devient un dialogue ubuesque. Mais tout l’intérêt de ce livre est la justesse de la parodie, et l’on rit souvent jaune tant l’on retrouve dans les aberrations administratives nos petits déboires avec nos interlocuteurs publics. Et j’ai adoré voir notre pauvre petit fonctionnaire se révolter, essayer de faire bouger les choses, de lancer des projets et de dynamiser son travail et de voir l’univers administratif entier qui semble vouloir l’en empêcher.

La note de Mélu:

Note 5

Un régal!

Un mot sur l’auteur: Jean-Claude Lalumière (né en 1970) est un journaliste et auteur français. Vous pouvez le retrouver sur son blog.

challenge petit bac

catégorie “partie du corps”