dahlia_noirL'auteur: James Ellroy (né en 1948), de son vrai nom Lee Earle Ellroy, est un écrivain américain qui s 'affirme conservateur et réactionnaire et dépeint une vision du monde très noire.
Le livre: deux anciens boxeurs devenus flics, Dwight Bleichert et Leland Blanchard, forme un duo antagoniste et complémentaire. Ces deux policiers se retrouvent, par hasard, sur place au moment où l'on découvre un cadavre atrocement mutilé: celui de Betty Short, une actrice de seconde zone connue pour ses tendances à s'habiller complètement en noir, ses multiples petits amis et ses mensonges. Même si ce n'est pas leur affaire au départ, les deux hommes se retrouvent peu à peu obsédés par l'affaire du Dahlia: l'enquête commence.

Avant toute chose, il est bon de rappeler que je n'aime pas les romans policiers. Je n'ai voulu lire ce livre que par la connotation gothique de son titre, la superbe couverture graphique de son édition de poche et la sublime silhouette de Scarlett Johannson dans la bande-annonce du film. Donc je me suis plongée dans ce roman. J'ai été touchée par la personnalité de ces deux policiers écorchés par la vie, au passé trouble, et à leur trio amoureux avec la mystérieuse Kay. Le début de l'enquête m'a aussi emballée: les premiers rapports, les interrogatoires, tout cela fonce à la manière d'un épisode de série policière. La plongée dans le monde glauque de Betty Short ne laisse pas indifférent et j'ai aimé cette manière de construire le personnage de la morte petit à petit, un personnage en creux qui ne fonctionne que par toutes les images qu'elle a bien voulu donner d'elle, par simulacre, et qui reste insaisissable. En revanche, passée la moitié du roman, j'ai trouvé quelques longueurs: l'enquête piétine, les relations entre les personnages s'enlisent, les nouveaux personnages se multiplient et donc forcément, on perd Mélu en cours de route. J'ai été déçue par la fin, et par l'identité du tueur, qui ne m'a pas convaincue du tout. Je salue donc le talent de M. Ellroy en tant qu'auteur de polar mais il n'aura pas réussi à me réconcilier avec le genre malgré toutes les qualités de son roman.
Et cela ne m'empêchera pas de regarder le film!
Deux avis plus enthousiastes: Pour Latite, "ce thriller est un bon cru qu'il aurait été dommage de louper" et Emilie a beaucoup aimé et le gratifie même d'une étoile.
Titre original: The Black Dahlia (traduit de l'anglais)

affiche_Le_Dahlia_noir_The_Black_Dahlia_2005_6Le film: en 2005, le réalisateur Brian de Palma s'attaque à l'adaptation du roman de Jame Ellroy. Notons d'abord que l'affiche du film est tout simplement superbe. La première impression est celle d'une grande fidélité: l'histoire, commentée par la voix off de Bleichert qui était aussi le narrateur dans le roman, commence avec le combat des deux ex-boxeurs devenus flics. Aaron Eckhart campe un Lee Blanchart très convaincant, dont la jovialité qui sonne faux correspond parfaitement au personnage torturé d'Ellroy. Quand à Bleicher, il a au moins le mérite de nous révéler un Josh Hartnett dans un autre rôle que celui d'un minet, même si l'image lui colle à la peau. J'ai tout particulièrement apprécié la manière dont Scarlett Johansson sublimait le personnage de Kay: très sensuelle sans jamais être vulgaire, elle respire le glamour des pin-up des années 1940 sans perdre une once de classe et d'élégance.  L'autre star féminine du film, Hillary Swank, n'est pas en reste: mystérieuse et envoûtant,e elle sait parfaitement ménager la vulgarité sous-jacente de son personnage. La surprise, c'est le rôle donné à la morte elle-même (campée par Mia Kirshner), et ses nombreuses apparitions sur les films récupérés par les policiers:  elle est fascinante, à la fois lisse comme une photo de film muet et profondément dérangeante.

Globalement, le gros point fort de ce film, c'est son ambiance: tourné de bout en bout comme un polar américain de la première moitié du XXème siècle, il nous plonge dans une ambiance Al Capone/Betty Boop couleur sépia dont le charme fait toujours effet sur moi. Visuellement, le résultat est superbe: de jeux de miroirs en mise en abyme cinématographique, illusion, mensonge, réalité et fiction ne cessent de se superposer. Au niveau de l'intrigue, par contre, De Palma n'a pas réussi à pallier les flous et les imbroglio que Ellroy se plaisait à créer dans un roman plus obsessionnel que narratif, malgré quelques modifications pour tenter de resserrer l'action. Le film peut donc perdre des spectateurs en cours de route par manque de rythme. En ce qui me concerne, j'ai été happée.

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C'est le quinzième article pour ce challenge!