slumdog_millionnaireL'auteur: Vikas Swarup (né en 1963) est un écrivain et diplomate indien.

Le livre: Ram Mohammad Thomas a dix-huit ans, pas un sou et aucune éducation. Mais il est le premier et le seul candidat de l'émission "Qui veut gagner un milliard de roupie" à avoir répondu correctement aux treize questions posées et donc, à gagner le milliard. Pour les producteurs, c'est inenvisageable, il a forcément triché. D'ailleurs, l'émission est trop récente pour avoir déjà rapporté de quoi récompenser un gagnant. Ram est donc arrêté, torturé, malmené. Survient alors une avocate qui le prend en main: comment a-t-il pu trouver les réponses à toutes les questions? Il est formel: il a eu de la chance. Non pas de tomber sur les bonnes réponses, mais de connaître les réponses à toutes les questions. Parce qu'au cours de sa courte vie très mouvementée, il a vécu des expériences inattendues qui lui ont donné précisément ces informations.

Ce livre se lit d'une seule traite. D'abord, sa composition est très prenante: chaque chapitre correspond à un montant atteint par Ram dans l'émission. On nous raconte un épisode de sa vie, pas dans l'ordre chronologie d'ailleurs, et à la fin, l'on revient à son entrevue avec l'avocate qui visionne le passage correspondant sur le DVD du jeu télévisé. Dans chaque chapitre, je ne pouvais donc m'empêcher de me demander "Sur quoi va porter la question à la fin???". Mais sous cette apparence légère, n'allez pas croire que c'est un livre festif. Il nous plonge dans les bas-fonds de l'Inde, dans les bidonvilles, dans les hôtels de prostituées, dans les trafics d'enfant... et au chapitre suivant, dans les splendeurs du Taj Mahal ou dans la maison d'une richissime actrice. Sur un rythme picaresque, tantôt grinçant, tantôt merveilleux, il nous fait découvrir une Inde entre excès et misère, cosmopolite jusque dans le patronyme de son héros, un monsieur personne et un monsieur tout-le-monde, qui porte un nom à la fois bouddhiste, musulman et chrétien pour être sûr d'en avoir toujours un bon à donner! On échappe pas à un ou deux clichés, mais juste ce qu'il faut pour que ce soit romanesque.

La Note de Mélu:

Note_4

A la hauteur de mes attentes!

Titre original: Q&A (traduit de l'anglais)

slumdog_millionaireLe film: en 2008, le réalisateur britannique Danny Boyle est invité à lire un scénario adapté du roman de Vikas Swarup. Il prend un certain nombre de libertés avec le roman, orientant clairement l'intrigue autour d'une histoire d'amour entre le héros et une petite fille de son bidonville qui reste largement hypothétique dans le roman. Mais le principe reste le même: en visionnant le DVD de l'émission pendant l'enquête qui déterminera sa tricherie, le héros, rebaptisé Jamal pour le film, raconte les épisodes de sa vie qui lui ont permis de répondre aux questions les unes après les autres. Là encore, on a un peu simplifié l'histoire: les événements lui sont justement arrivés dans l'ordre où on lui pose les questions, ce qui rend l'histoire plus linéaire. L'ensemble est allée dans le sens d'une simplification.
Passé cela, la magie opère: on nous replonge dans une version indienne de Qui Veut Gagner des Millions dont l'authenticité fait mouche, avec un Anil Kapoor qui nous campe un animateur qui n'a rien à envier à notre Jean-Pierre national. On passe avec virtuosité des pires atrocités comme les massacres au nom de la foi ou la prostitution enfantine, au rêve et à la richesse démesurée des palaces indiens. Et surtout, sans pathos excessif ni interprétations sociologisantes, elles nous sont montrées avec une grande simplicité, et c'est à nous de comprendre ce qu'il s'y passe vraiment. Les enfants acteurs sont tout particulièrement remarquables, qu'il s'agisse de Ayush Mahesh Khedekar qui campe le petit Jamal ou l'adorable Rubina Ali qui incarne la petite Latika. Si j'ai été séduite par le côté un peu rustique de Dev Patel (Jamal adutle), j'ai été un peu déçue par Freida Pinto, qui incarne la soit-disant sublime Latika, que j'ai trouvé très belle, certes, mais aussi très lisse, très froide, un peu trop occidentalisée.
Mon gros coup de coeur va à la bande-son de ce film, exceptionnelle, dansante, colorée, mêlant remarquablement exotisme traditionnel et modernité occidentale. Non, on n'entends pas les Pussycat dolls, mais bien des sonorités profondes qui créent une véritable ambiance. Ajouter à cela les dialogues en hindis qui ont en partie été préservés et vous obtiendrez un film aussi beau à regarder qu'à écouter.

 

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