Cette semaine, place à un peintre mal connu: Reginald Arthur (1871-1934) est un peintre britannique sur lequel je n'ai pas pu trouver beaucoup d'informations. Son tableau est pourtant l'un des plus souven utilisé pour évoquer le décès de la plus clèbre reine d'Egypte. Voici La Mort de Cléopâtre (cliquez sur le tableau pour agrandir l'image).

The_Death_of_Cleopatra_reginald_arthur

Présentons d'abord le modèle: Cléopâtre VII, qui régna sur l'Egypte entre -51 et -30, connue pour avoir successivement séduit Jules César et Marc Antoine. Dans les années -30, Marc Antoine perd peu à peu la confiance de Rome à cause de ses amours avec la Reine d'Egypte, jusqu'à provoquer une guerre entre Rome et l'Egypte. L'Egypte tombe, Marc Antoine se suicide et Cléopâtre est seule face à Octave, futur empereur Auguste. Elle met à son tour fin à ses jours. D'après les sources historiques, elle se serait fait apporter un panier de figue dans lequel sont cachés deux aspic. Voici la scène représentée: la Reine a attrapé un serpent dans le panier de figue représenté au premier plan. La version la plus romanesque de la légende de Cléopâtre veut que la Reine ait été mordue au sein (alors que le plus probable reste qu'elle ait été mordue à la main). Romanesque, même romantique, tout le tableau l'est. Cléopâtre se tord de douleur sur son lit, preuve que la morsure a déjà eu lieu. Petit détail: le pied et les orteils crispés dans un mouvement qui n'est ni naturel ni beau, qui a juste pour but de traduire le summum de la douleur et de l'agonie, soulignée par l'attitude de la servante déjà effondrée. Malgré ce détail, tout dans l'attitude de Cléopâtre est fait pour mettre en valeur une reine aussi sensuelle que digne dans la mort: drapée dans un voile qui souligne ses formes en cherchant à peine à les cacher, elle attire la lumière et joue avec les transparences comme la reine solaire qu'elle est jusque sur son lit de mort. Le voile prend d'ailleurs plus la forme d'une robe avec deux petites manches, créant une habile ambiguité entre le nu et l'habillé. Car Cléopâtre porte encore sa couronne sur la tête, ses bijoux aux doigts. Autour d'elle, ambiance à l'orientale: peau de bête, peintures égyptiennes, encens qui fume... et pourtant, rien de trop exubérant quand on a vu les débauches de luxe dans lesquels on aime à représenter la souveraine. Très édulcoré finalement, ce décor: c'est tout de même un décor funèbre. Et bien blanche, cette reine africaine: sa peau laiteuse et rosée est parfaitement dans les canons de beauté européens. Bienvenu au XIXème siècle: l'Orient fait rêver, mais il fait peur aussi, et tout l'art du peintre est de reproduire l'aspect romanesque et tragique de cette mort qui va bouleverser le spectateur sans trop le dépayser non plus. Pari réussi: c'est Cléopâtre, mais une Cléopâtre bien de chez nous, exactement comme on veut la voir et l'adopter dans notre culture.

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