à l'ombre des falaises

1901, Cornouailles. Elizabeth a 14 ans et commence à en avoir assez d’être coincée entre l’enfance et l’âge adulte. Elle s’ennuie avec sa mère qui la néglige et sa soeur qui a d’autres chats à fouetter avec son mariage prochain. La voilà donc ravie lorsqu’on lui annonce la visite de sa cousine Emily. Londonienne raffinée, elle fascine Lisa. C’est en sa compagnie qu’elle rencontre Chris Osborne. Fils du châtelain voisin et d’une exotique chinoise, aux moeurs et aux manières très libérées, il scandalise Emily mais fascine Lisa. L’esprit romanesque des jeunes filles s’enflamme…

En relisant mon résumé, je me rends compte de la platitude de ce début et de l’habileté du retournement de situation qui nous attend. Le roman débute en effet comme une très classique romance adolescente victorienne sur fond de fantastique, puisqu’on sait très bien qu’à un moment ou à un autre, un vampire va faire irruption là-dedans (on est au Petit Caveau, en même temps, on est prévenu). Cependant, quelques détails viennent vite mettre la puce à l’oreille. D’abord parce que celle qui ressemble le plus à une héroïne bit-litt victorienne, c’est Emily, véritable admiratrice de Bram Stoker. Or c’est Lisa qui est attirée par le mystérieux Chris, alors qu’Emily le trouve justement trop inconvenant. Le romanesque prendra donc une autre tournure. Tous les ingrédients de la bit-litt sont là, mais pas tout à fait où on l’attend. Chris Osborne est un séducteur, oui, mais d’hommes, par exemple. J’ai donc apprécié ces efforts pour sortir des sentiers battus tout en respectant soigneusement les codes du genre qui plaisent aux amateurs. L’intention est louable et efficace.
Sorti de là, le roman n’est pas une révolution non plus. Il manque un petit quelque chose dans le ton pour que le charme désuet de ces romans d’époque agisse. Il manque un peu d’approfondissement quant à ces thématiques audacieuses. Mais j’ai été conquise par ce fantastique qui apparaît de manière assez habile : si les découvertes de l’héroïne sur la nature vampirique n’ont rien d’original, elles ne sont pas une fin en soi car elles ne sont qu’un des éléments d’un système familial un peu plus complexe. C’est intelligent et j’ai apprécié le refus de la happy end pour quelque chose de doux-amer bien plus mature.

La note de Mélu:

Note 4 

Bien fichu même si un peu trop romanesque pour moi.

Un mot sur l’auteure: Chloé Bourdon est une auteure française trentenaire qui publie là son premier roman.