boussole

Franz Ritter, malade, insomniaque, rêvasse dans sa chambre. Autrichien, universitaire, musicologue, spécialisé dans l’orientalisme, il relit un article de recherche que lui a envoyé Sarah. Cette belle intellectuelle dont il a suivi les recherches, la thèse et même le chemin jusqu’en Turquie et en Syrie. L’occasion aussi pour lui de laisser errer sa mémoire et ses réflexions sur l’orientalisme, aux portes de Vienne.

J’ai tenu jusqu’à la moitié du livre (autrement dit le premier CD de ce livre audio). Mais là, décidément, je ne peux pas. D’abord, il n’y a pas d’histoire. Rien de suivi en tout cas. Une succession d’anecdotes, de souvenirs, d’impressions ou de réflexions. Certains de ces passages, individuellement, sont cocasses, émouvants, poétiques, évocateurs, certes. Parce que la plume de Mathias Enard reste superbe et sa capacité à faire surgir des mondes fabuleux et oniriques n’est plus à démontrer. Mais sur la longueur, force est de constater qu’on ne va nulle part. Et je me suis très vite lassée.
Parce qu’en plus, le protagoniste-narrateur ne m’a pas du tout convaincue. Observons son profil: un intellectuel viennois spécialisé dans la musicologie et l’orientalisme. On lui envoie des articles universitaires, il va assister à des soutenances de thèse, il débat de la présence ou non de l’Orient à Vienne… Je ne me suis pas du tout identifiée à lui, je n’ai pu partager ni ses intérêts, ni ses angoisses et très honnêtement, j’en suis parfois arrivée à me demander qui pouvait le faire. D’où mon principal reproche à ce livre: les sujets abordés, les références à des artistes viennois, les débats sur telle ou telle notion d’orientalisme entre spécialistes chevronnés de la question… comment attendre de moi que je suive, que je me sente concernée? J’ai eu l’impression d’être plongée par erreur dans un colloque rassemblant des spécialistes d’un sujet sans aucune volonté de pédagogie qui pourrait m’inclure. En gros, j’ai eu tout simplement l’impression de n’être pas assez qualifiée pour pouvoir lire ce livre. Et ça m’agace prodigieusement parce que, bon sang, je ne suis ni illettrée ni inculte, et du coup je ne me débarrasse pas de l’idée que ce livre exclut le grand public de manière volontaire, sélectionne ses lecteurs de manière assez élitiste. Du coup, même si il est à ma portée, je n’ai plus du tout envie de le lire.
Quant à l’édition audio d’Audiolib, elle est comme d’habitude d’une grande qualité, si l’on exclut la lecture par l’auteur lui-même. Assez monocorde, elle participe à la lenteur et l’enlisement de la lecture. Il est sans aucun doute meilleur écrivain qu’orateur.

La note de Mélu:

Note 1

Un mot sur l’'auteur: Mathias Enard (né en 1972) est un écrivain français. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

Parle-leur-de-batailles-de-rois-et-delephants