transfert

Victor est un jeune surdoué, polytechnicien à vingt ans, promis à un grand avenir. Son défi du jour: un saut en parachute. Mais le parachute ne s’ouvre pas, et Victor tombe dans le vide. A l’autre bout de la France, Valentin, vingt ans aussi, est encore en terminale et surtout encore en retard. Alors il ne regarde pas tellement avant de traverser et la voiture le fauche. Lorsqu’ils se réveillent, chacun dans sa chambre d’hôpital, un incroyable transfert s’est produit. Valentin est devenu Victor, Victor est devenu Valentin. Ils ne se souviennent pas vraiment de qui ils sont mais ce qui est sûr, c’est qu’ils ne reconnaissent nullement ces parents qui les veillent ou cette vie toute bien calibrée. Le nouveau Victor n’est pas vraiment intéressé par ces hautes études, et très vite, prend la direction du sud pour aller travailler avec les maraîchers. Quant au nouveau Valentin, il rattrape en un clin d’oeil le retard accumulé sur sa Terminale et se lance dans des études de médecine. Et par deux fois, inexplicablement, le destin va les remettre l’un en face de l’autre.

Le début de ce roman est tout bonnement passionnant. On nous présente deux protagonistes diamétralement opposés, ce qui, avouons-le, a un petit côté cliché quand même, jusqu’aux prénoms d’ailleurs. Mais passée cette facilité d’intrigue, on entre dans quelques chapitres excellents, où chacun essaye à la fois de retrouver la trace de son identité, de ménager ses proches, de se réhabituer à la vie et de leur faire accepter leur nouvelle personnalité sans trop les blesser. Leurs efforts, leurs tâtonnements, sont très touchants, autant dans leurs nouvelles rencontres comme le camarade de chambre de Valentin et ses maladies incurables qui n’abattent pas son moral, ou dans leurs ruptures comme la petite amie de Victor qui n’a tout simplement plus sa place dans sa vie.
La structure du roman, elle aussi, est ingénieuse. Rien ne prédispose Valentin et Victor à se retrouver et pourtant, tout les ramène l’un vers l’autre. On ne cesse de se demander s’ils vont comprendre, s’ils vont reconnaître dans l’autre visage celui qui était le leur auparavant. La confrontation n’aura lieu qu’à la fin, évidemment, après de multiples répétitions et recherche. L’arrivée du détective privé vient titiller ce côté inquisiteur de deux personnages que la vie ne cesse d’envoyer à l’autre bout du monde pour mieux les remettre l’un en face de l’autre.
Toutefois, j’ai un bémol. Le roman est vendu comme un thriller, or on en est loin. S’il développe de jolies choses sur la liberté et la prise de contrôle de sa vie hors de tout déterminisme, il ne maintient pas vraiment de suspens ni de tension, plutôt une exploration. Et surtout, j’ai trouvé que finalement, on passe un peu à côté du message. Parce que Victor le polytechnicien, qui change de vie devient… Valentin le brillant neuro-chirurgien. Et Valentin le cancre devient…. Victor qui s’engage dans la légion étrangère pour fuir la justice. On ne peut pas franchement dire que leur véritable personnalité ne les rattrape pas ou qu’ils ont changé radicalement de vie, ils se contentent de recommencer la même chose ailleurs. D’où un intérêt finalement limité.

La note de Mélu:

Note 3

Un bon concept mais qui s’essouffle.

Un mot sur l’auteur: Remi Stefani est un auteur français originaire de Cherbourg. D’autres de ses livres sur Ma Bouquinerie:

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