les pierres hurlantes

Le royaume de Boicéande est en ébullition. La naissance de l’héritière du trône est imminente. Tout le monde retient son souffle. Comme tous les enfants royaux, la princesse à naître fait l’objet de prédictions précises: sa date de naissance, fixée par les fées les plus puissantes, détermine toute sa destinée. Mais alors que la marraine fée qui lui a été dévolue se prépare à lui faire les dons rituels, l’accouchement est provoqué avec douze jours d’avance. Pire: la marraine est assassinée à peine les rituels de naissance effectués. Voici la jeune Aliandra privée de protection et même de destinée, puisque les prédictions la concernant sont faussées par sa naissance changée et impossible à renouveler. Elle grandit donc dans le flou, sans guide, affublée de plus d’un pouvoir magique médiocre, et sa destinée royale n’en est que plus grandement menacée. Qui aurait ainsi intérêt à fragiliser le pouvoir royal? Cela aurait-il un lien avec les pierres rougeoyante qui se sont mise à hurler sans raison un peu partout?

Ce roman m’a été proposé par son auteure, une compatriote en plus, qui le publie en auto-édition. Alors moi, les gens du pays, je les soutiens, et je les lis. Et ce premier tome, il faut le dire, a du potentiel. L’univers magique créé est particulièrement riche, foisonnant même dirai-je. Tellement que je ne suis pas sûre d’en avoir saisi tous les aspects. La première chose qui m’a immédiatement emballée est que j’ai eu l’impression d’être plongée dans une version contemporaine et adulte des contes de notre enfance. Le thème des fées marraines, si fréquent chez Perrault, est ici développé comme véritable système. C’est une lourde responsabilité que d’être la marraine d’une fille royale, de choisir le don qui va lui être fait, d’assurer sa légitimité au pouvoir. Et les fées sont une véritable confrérie, noble et respectée. Je vous le dis: je m’y suis vue.
J’ai d’ailleurs tout particulièrement aimé le personnage d’Aliandra. Elle est encore enfant lorsque le roman s’achève, mais ses premières années, tiraillées entre l’enfance et la lourde responsabilité royale qui pèse déjà sur ses épaules, sont tout à fait touchantes. Malgré son jeune âge, elle doit affirmer sa légitimité au trône, ce que son entrée dans la vie compromet franchement. Sa relation entre hiérarchie et tendresse avec son père le roi m’a profondément émue.
Dans le souci d’immerger son lecteur dans son monde, l’auteure lui a créé sa propre cohérence. Le système métrique et le système temporel, par exemple, sont différents. Cela a de quoi surprendre notamment au début, car lorsqu’on vous dit que tel événement dure “trois tritérals”, on peut être freiné. J’ai fini par m’y faire et par ne pas m’arrêter toutes les cinq minutes pour calculer combien ça faisait en année, pour juste saluer le travail d’ambiance fait par l’auteure. Quelques maladresses à relever aussi dans l’utilisation des propositions incises dans les dialogues, ou des parenthèses par exemple qui m’ont paru souvent lourdes, mais il y a fort à parier que la prose sera plus fluide dans les prochains tomes.
Le gros bémol que j’aurais à accorder à ce tome 1 est qu’il s’agit justement d’un tome 1. C’est-à-dire qu’il passe beaucoup de temps à présenter les personnages, l’univers, la magie, son fonctionnement… Et au final, l’intrigue n’avance pas beaucoup. On me dira, c’est normal, c’est le principe des séries, mais comme je le dis souvent, c’est précisément ce qui me déplait un peu dans les séries, j’ai besoin qu’il y ait suffisamment dans le premier tome de quoi me mettre sous la dent et là, j’en ai manqué un peu.

La note de Mélu:

Note 3

Très bon début!

Un mot sur l’auteur: Lucie Dyal est une auteur grenobloise dont c’est le premier roman.