sense of wonder

L’empire des Nations est en ébullition. A Polsk, on prépare l’Exposition Universelle. Une lubie du jeune empereur, dit-on. L’occasion d’exposer et de présenter à la population des créatures féériques et terrifiantes, les Filles d’Envers, venues de ce monde accolé au nôtre dans lequel on les a cloitrées depuis la Révolution Industrielle. Des hommes et femmes ont pourtant gardé le contact, bien malgré eux, avec ces créatures: ils sont dotés du Sens qui leur permet de les sentir, parfois aussi de les contrôler. Certains en ont fait une occupation à plein temps: les Investigateurs Psychantiques. Ce sont eux qu’on appelle lorsqu’on soupçonne des Inversées d’être mêlées à des histoires troubles. Et ce sont eux qui sont chargés de veiller au bon déroulement de cette exposition. Mais lorsqu’à l’approche du jour J, des attaques d’Inversées de multiplient, leur enquête leur révèle que les gentils ne sont peut-être pas où ils le pensent.

Si elle a repris pour cet ouvrage le même nom de plume que pour sa série Prophets, l’auteure a bien évolué depuis. Toujours aussi soignée, ornée et musicale, sa prose est devenue plus fluide, plus assurée et toujours aussi exigeante, et l’immersion est garantie! J’ai immédiatement pris ma place au sein du petit groupe d’Investigateurs Psychantiques, sur la péniche qui leur sert de Q.G.. Entre Sir Lloyd Connor le dandy alcoolique, Kamalesh Ashvatthama le géant du royaume de Sinh, Violet Van Wynen la femme de chambre et Faustine du Marais la poétesse au strabisme persistant, ils ont tous un petit côté anti-héros, une bande de surhommes un peu cabossés. J’ai eu un petit coup de coeur pour Faustine, ne serait-ce que parce que je donnerai cher pour avoir la même garde-robe.
En bon roman steampunk, cet ouvrage nous transporte dans un univers de fin XIXème siècle, où la fascination pour les mécaniques naissantes côtoie un rejet très net du surnaturel et de l’étrange. En témoignent les populations nomades, un peu sorciers, qui gravitent autour de nos héros, ou la place ambigüe des I.P., qui restent des parias malgré leur statut. Les créatures fay sont de véritables prédateurs, qui provoquent un carnage lorsqu’on les lâche sur quelqu’un. Ames sensibles s’abstenir: plus le roman avance, plus il sombre dans le chaos et la violence, en annonce du complot qui est en train de se préparer contre le jeune empereur plein de projets inédits. C’est avec fascination que l’on assiste à une nature humaine qui se dilue dans l’Envers, à l’apparition de monstres hybrides totalement imprévisibles, et à l’irruption de splendides êtres féériques en quelques pages.
Côté action, on sera servie, tant la deuxième partie du roman est menée tambour battant, et j’ai presque eu du mal à suivre un rythme aussi soutenu lorsqu’il était servi par une plume aussi riche. J’en suis ressortie un peu sonnée, pas sûre d’avoir tout saisi au vol, mais sous le charme de cette petite pépite inclassable aussi glauque et soignée que sa couverture l’annonce.

La note de Mélu:

Note 5

Du beau boulot!

Un mot sur l’auteur: SoFee L. Grey est le nom de plume de Sophie Abonnenc (née en 1986). D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

créature  prophets 1