les brumes d'avalon

Comme l’avait prévu Viviane, la dame du Lac, Arthur est désormais sur le trône du royaume de Bretagne. Roi Chrétien, il a aussi été initié au culte de la Grande Déesse dans l’île d’Avalon, au côté de sa demi-soeur, Morgane la Fée. Mais la reine Guenièvre ne parvient pas à avoir d’enfant. Est-ce là Dieu qui la punit de sa passion pour Lancelot? Ou de l’indulgence du roi pour les cultes païens? Lorsque Viviane est assassinée à la cour d’Arthur, l’équilibre est plus fragile que jamais, et Morgane comprend l’urgence à s’occuper du destin d’Avalon, quitte en écarter Arthur.

Cette suite des Dames du Lac fait honneur au premier opus. Petit à petit, on voit le monde chrétien et le monde magique se déchirer et s’éloigner, et Avalon reculer dans les brumes, hors de portée des mortels. L’assassinat de Viviane est comme un éclair, une gifle, un véritable choc, tant elle semble mythique et intouchable. Il n’y a pas à dire, l’auteur sait prendre à revers nos souvenirs de la légende pour nous en proposer une version pleine d’amertume et de mélancolie. Même la quête du Graal, si galvaudée, connaît ici un nouveau visage, une pomme de discorde entre le Christ et la Dame du Lac. Arthur lui-même, le héros si attendu, le fils d’Avalon fédérateur, apparaît bien fade par rapport au rôle que la légende a bien voulu lui donner. J’ai été très touché par la maladresse avec laquelle il tente de concilier la chèvre et le chou, son devoir envers Avalon, son amour pour Guenièvre, sa foi chrétienne. Il fait peine à voir.
Autour de cet homme finalement insignifiant, dépassé par les enjeux qui l’entourent, les deux mondes se cristallisent autour de deux femmes. D’un côté, Guenièvre, désespérée de ne pas être mère et de ne pas remplir son rôle de reine, persuadée que seule une foi qui vire au fanatisme la sauvera d’une passion coupable envers Lancelot que plus personne ne semble ignorer. C’est elle qui le pousse à abandonner la bannière d’Avalon pour ne plus servir que le Christ si sévère. De l’autre côté, Morgane, au service d’une déesse dont elle ne voit plus que difficilement les bienfaits, manipulée, sans place réelle dans ce monde, que tous rappellent comme la nouvelle Dame du Lac sans qui Avalon est condamné. Toujours en quête de liberté, même lorsqu’elle se retrouve mariée sans l’avoir demandée et qu’elle se soustrait aux règles de la morale dans le choix de son amant, elle reste finalement la seule debout dans un monde où tous se détournent et finissent pas succomber. Sublime jusque dans sa douleur, ce personnage m’a beaucoup touchée et reste sans conteste un des plus grandiose du cycle.

La note de Mélu:

Note 5

Un mot sur l’auteur: Marion Zimmer Bradley (1930-1999) est une auteure américaine de science-fiction et de fantasy qui n’hésite pas à teinter ses romans d’un féminisme certain. D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

les dames du lac