Feuillets de cuivre

Paris, XIXème siècle. Dans les bas-fonds de la capitale, l’inspecteur Ragon, placide autant par caractère que par son imposante corpulence, se dirige plus volontiers vers les enquêtes où l’étrange et l’ésotérisme côtoient le sordide. Le cadavre de la prostituée mutilée n’est que la première étape d’une longue série d’enquêtes dont on se demande si elles ne sont pas plus liées qu’il n’y paraît… Car les méthodes de Ragon ont de quoi susciter la curiosité. Son arme principale: sa remarquable érudition littéraire.

Avec Fabien Clavel, j’ai toujours l’impression de tout comprendre et que quelque chose m’échappe. C’est ce qui fait mon admiration pour cet auteur qui arrive à être à la fois très populaire et un peu intello. Plutôt catégorisé steampunk, ce roman-là est pourtant, au départ, très nettement un polar historique. On y découvre un enquêteur sur sa scène de crime dans un décor glauque qui ravira les amateurs de Jack l’Eventreur et de Sherlock Holmes. Les cadavres vont d’ailleurs s’enchaîner, dans des mises en scène toutes plus machiavéliques les unes que les autres, créant un véritable jeu de piste dont l’enquêteur semble bien être lui-même le point central.
Jeu de piste qui se dessine très vite pour le lecteur également, qui aura grand plaisir à noter toutes les références littéraires sur lesquelles Ragon se fonde pour avancer dans ses enquêtes. Il y a évidemment une grande flatterie là-dessous: quel plaisir de voir des crimes élucidés par la seule capacité à engranger un maximum de lecture! La supériorité du lecteur est annoncée. On sera ravi aussi de retrouver des célèbres personnages de la culture littéraire du XIXème siècle, tels le docteur Blanche, connu pour des patients aussi illustres que Gérard de Nerval ou Guy de Maupassant. Toutefois, si j’ai apprécié ce petit côté communautaire, j’ai regretté qu’il ne soit pas parfois un peu plus subtil, comme si  les références devaient être clairement pointées pour ne pas les louper.
La dernière originalité tient dans le fantastique qui s’invite très volontiers. Un fantastique bien particulier, qui bascule très vite dans cette étonnante science-fiction teintée de nostalgie, celui de Jules Verne qui transformait les prouesses technologiques en monstres et fantômes. Et c’est probablement ce qui m’a le plus plu puisque l’ambiance se prête parfaitement à une couleur surnaturelle qui, elle, se fait toute en subtilité. C’est là aussi que j’ai eu l’impression que le roman en avait plus à dire que je n’en ai compris, et que j’ai eu du mal à le suivre dans trop d’abstraction à la fin, comme si il tenait aussi à garder son mystère à décoder, pour ne pas dire son mysticisme bien à lui. Et cela fait partie de son charme.

La note de Mélu:

Note 5

Une belle performance qui m’a totalement embarquée. Merci aux éditions Actu SF pour cette lecture.

Un mot sur l’auteur: Fabien Clavel (né en 1978) est un auteur français qui s’est illustré dans la fantasy et le fantastique et même plus récemment dans la bit litt. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

l'antilégende l'évangile cannibale