le cri de la mouette

Emmanuelle est née sourde profonde. Dès toute petite, ses parents sont déconcertés. Sont-ils responsable de ce bébé qui ne tourne pas la tête quand on lui parle? Son enfance s’annonce difficile. Elle peine à communiquer avec ces adultes désemparés. Il n’y a pas d’école spécialisée encore. De plus, les médecins sont formels: elle doit parler. Apprendre à imiter les sons, à les former, à s’exprimer avec une voix qu’elle n’a jamais entendu. Hors de question de passer par des gestes qui vont l’isoler davantage du monde des entendants. Alors Emmanuelle essaye de parler, avec ces petits cris qui ressemblent à ceux d’une mouette. Mais elle ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas s’exprimer autrement. Commence alors un combat qui l’emmènera jusqu’à recevoir un Molière de la révélation théâtrale.

J’ai longtemps hésité à ouvrir ce livre, car il évoque pour moi des réalités assez douloureuses. Je me suis enfin décidée après le succès du film La Famille Bélier, que je n’ai pas vu mais qui m’a intriguée: ne pouvait-on pas faire appel à des comédiens sourds plutôt que des stars française (ne serait-ce que pour voir une langue des signes correcte à l’écran?) Ce livre étant la preuve que de tels comédiens existent, j’ai voulu en savoir plus.
Ce qui m’a surtout frappé à cette lecture, c’est à quel point les avancées en terme d’intégration du handicap sont récentes et fragiles. Jamais je n’aurais pensé que dans les années 1980, la langue des signes française qui pourtant existait bien était tout simplement proscrite par les médecins. Forcer des sourds à parler une langue qui relève du pur virtuel pour eux m’a paru d’une grande violence psychologique. J’ai juste eu envie d’apprendre la langue des signes à la sortie. Et le braille aussi, tiens. Cette dictature de la normalité m’a véritablement révoltée.
Au-delà de cela, je ne me sens pas réellement pertinente pour juger de la qualité d’un témoignage. Mais j’ai apprécié la lucidité d’Emmanuelle sur elle-même. Sur la période de profonde révolte, de crise pendant sa jeunesse, où elle multiplie les bêtises et les comportements à risque. La relation qu’elle tisse avec sa petite soeur, entendante, est par ailleurs très touchante: les deux filles tissent un mode de communication précieux, bien à elles, notamment parce que la petite soeur maîtrise la langue des signes dès sa petite enfance. Dans l’ensemble, ce qui m’a surtout frappé, c’est ce cri de révolte d’une fille finalement comme les autres, à qui on a longtemps empêcher de trouver une place qu’elle avait pourtant.

La note de Mélu:

Note 4

Une très belle leçon.

Un mot sur l’auteur: Emmanuelle Laborit (née en 1971) est une comédienne française.