le temps des secretsPour le petit Marcel, les vacances, c’est toujours dans cette Provence aux accents chantants, à la nature luxuriante et aux aventures simples. Il n’aime rien de plus au monde que de faire le tour des pièges avec son ami Lili pour récupérer ses prises du jour. Mais la fin de l’été, pour Lili, signifie aider aux champs et aux récoltes, et il compte sur Marcel pour vérifier les pièges en son absence. Ce que Marcel est tout à fait prêt à faire… sauf qu’il fait une rencontre inattendue. Une fille. Seule, assise sur une pierre, en pleine campagne, visiblement perdue. Qui lui explique que quand on est un gentleman, on secourt les demoiselle en détresse, surtout quand on est un courageux jeune homme qui sait mettre en fuite les araignées et les serpents. A la fois très fier et très impressionné, Marcel décide de retourner voir plusieurs fois la jolie Isabelle, dans sa jolie maison aux beaux coussins et au beau piano, avec sa belle maman qui paresse dans le hamac. C’est donc près d’elle, et non de Lili, qu’il choisit de passer ses dernières semaines de vacances. Car bientôt, il lui faudra reprendre le chemin de l’école. La grande. Et la 6ème, avec son lot de nouvelles découvertes, est bien différente de la petite école communale où travaille son père.

Avant de me découvrir par hasard une immense affection pour Pagnol, j’ignorais même qu’il y avait une suite aux célèbres Gloire de mon père et Château de ma mère. Et quand j’ai su qu’il y en avait même deux, j’ai vite complété ma collection. L’effet est assuré: j’ai replongé dans l’enfance de Marcel avec le même plaisir émerveillé que dans les précédents tomes. Pourtant, aucune redite là-dedans. Marcel découvre en effet les premiers émois amoureux, le mélange de fascination et d’incompréhension devant une fille, si éloignée de son univers. A l’émerveillement devant la beauté sauvage de la Provence succède donc la fascination devant la beauté féminine, encore à peine ébauchée, un peu maladroite, empruntée, surtout portée par la sophistication de la demoiselle. Isabelle, en effet, est une lady, élevée comme telle, et tient à ce que ça se sache: on lui baise la main et on la vouvoie. Marcel se prête au jeu du chevalier servant qui pourfend les serpents-dragons sans vraiment comprendre pourquoi, devant ce qui devient pour lui une véritable princesse idéalisée.
Mais comme souvent, avec Pagnol, le plus intéressant est la double lecture, la tendre lucidité du narrateur adulte qui transparaît et qui permet une amère mise en scène des différences de classes sociales. Clairement, Marcel et Isabelle ne sont pas du même milieu, et même si elle montre un sincère attachement à lui, il est fasciné par cet univers de faste et de raffinement dans lequel elle vit et qui lui révèle à quel point il vient lui d’un milieu populaire où l’on court pied nus dans la campagne. La chute n’en sera que plus rude lorsqu’il ouvrira les yeux sur la superficialité et la vanité de son monde.
La dernière partie, où Marcel découvre les dures règles du collège et comment y faire sa place, rentre aussi dans cette découverte de l’âge adulte, de ces choses qu’on ne partage plus avec ses parents parce qu’ils y sont finalement étrangers. Bagarres, tricheries et autre quotidien de la cour du lycée témoignent d’une innocence qui se perd et d’une grande nostalgie.

La note de Mélu:

Note 5

Jamais déçue avec un Pagnol.

Un mot sur l’auteur: Marcel Pagnol (1895-1974) est un auteur français, connu également pour son rôle dans le cinéma et le théâtre. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

la gloire-de-mon-pere_couv le chateau-de-ma-mere topaze jean de florette manon-des-sources la femme du boulanger césar marius fanny