le mauve empireSéverin Desjaunes va mal. Dans ses cauchemars, il ressent la présence d’une mystérieuse entité féminine, puissante, répondant au nom d’Ouma. Et se réveille couvert de sang. Il hésite à en parler à son fidèle ami, le docteur Pravédine, avec qui il collabore pourtant régulièrement. En effet, Séverin a un don. Il appose les mains sur les malades et les guérit. Même les incurables que Pravédine lui propose. De manière miraculeuse, incompréhensible. Mais son grand drame est là: jamais ce don ne s’enclenche devant Arline, sa propre épouse, qui se meurt. Il lui faut comprendre, d’où lui vient ce don et si cette Ouma qu’il entend dans ses rêves y est liée.

Ce roman est l’un des plus anciens publiés par les Editions du Petit Caveau, spécialisées dans la littérature vampirique, si ce n’est le premier. Et il se démarque clairement de ce qu’on peut lire par ailleurs en première ligne du genre. Les vampires ne sont que suggérés, à peine évoqués, dans toute la première partie du roman qui se concentre sur le personnage de Séverin auquel j’ai immédiatement accroché. Son histoire a quelque chose de l’ironie tragique: magnétiseur miraculeux, il voit son pouvoir s’envoler dès qu’il essaye de soigner le grand amour de sa vie alors qu’il sauve tant d’inconnus, dans le plus grand secret bien sûr, couvert par Pravédine. Par ailleurs, Pravédine lui-même est un personnage fascinant, qui s’intéresse lui aussi de très près à ce don et l’étudie sous toutes les coutures: ce scientifique est un contrepoint efficace à la folie qui guette le héros.
Loin d’ailleurs des univers gothiques nostalgiques que l’on peut trouver aussi dans les histoires de vampires, ici, place à un univers futuriste, tapissé de néons et envahi par les programmes informatiques. Cette ambiance volontiers urbaine et froide fait son petit effet, jusqu’aux vêtements qui se parent d’écrans permettant d’en changer l’apparence en fonction de ses humeurs. Et c’est précisément dans cet univers ultra-technologique que peuvent se confronter les recherches des médecins et les mystérieuses présences des vampires.
Ces derniers sont au coeur de la deuxième partie du roman et on comprend assez vite que Séverin leur est lié. Mais habilement, l’intrigue les promène entre ennemis à abattre et bienfaiteurs à s’allier. L’action s’accélère grandement à la fin du roman, sous forme de traque, lorsque les vampires entrent enfin dans la danse, mais le roman reste sur une impression ouverte, amère, loin des clichés. De manière générale, j’ai apprécié cette retenue, ce style qui s’écarte des sentiers battus.

La note de Mélu:

Note 5

Un très bon moment d’une grande originalité.

Un mot sur l’auteur: Ventsislav Kolev Valev est un auteur français d’origine bulgare.