iris le sourire 34Liam est ce qu’on pourrait appeler un adolescent à problème. Pourtant, il le sait, ce n’est jamais lui qui les provoque, ces bagarres. Mais son père ne veut rien savoir et les relations entre Joseph et son fils sont de plus en plus tendues. Alors quand il le place dans une nouvelle école, il attend sincèrement de lui qu’il se tienne correctement et ne s’attire pas d’ennui. C’est aussi le moment que choisit son grand-père pour lui remettre son cristal. Une émeraude. A quoi elle sert exactement, il ne le sait pas. Il sait seulement qu’elle est relié au Tabou, ce grand interdit qui concerne certaines personnes mais dont il ne faut surtout pas parler. Il sait qu’elle renferme une grande puissance, mais il ignore comment s’en servir ou même l’atteindre. Il sait qu’elle fait de lui un membre de l’Organisation, mais il ne sait pas trop ce que c’est. Il ne sait pas non plus vraiment comment communiquer avec les autres membres, qui pourtant forment un groupe solidaire et soudé au sein de l’école et ne demandent qu’à lui apprendre tout ce qu’il ne sait pas… Et pourquoi ne le sait-il pas, d’ailleurs? Qu’a-t-il de spécial pour qu’il n’ait pas été formé depuis sa plus tendre enfance, comme tous les autres élus des cristaux? Cela a-t-il un lien avec le si redouté Cristal Fantôme, le garçon aux yeux de verre rendu aussi fou que froid par sa pierre?

A relire ce résumé, je me rends compte que je n’aurais probablement pas ouvert le livre si j’avais commencé par là et que j’aurais eu bien tort. Parce que même si il regroupe pas mal de choses qui ne sont pas ma tasse de thé, ce livre est une petite pépite. De premier abord, cette histoire de pierre magique, ça peut paraître un peu plat et facile. Mais derrière, c’est toute une mythologie qui est tissée. Avec la pierre, ce sont des créatures étranges et difficiles à apprivoiser qui choisissent certains élus, en font des parias ou des héros au sein de leur propre famille. Les étranges pouvoirs qui les accompagnent sont subtils et distillés petit à petit, et, chose habile, n’assaillent pas principalement le héros: j’ai surtout été touchée par les perceptions de la petite Lulu, qui semble lire dans les pensées et voir l’avenir, ou par la franchise taciturne de Morgan qui ne se sépare jamais de ses armes.
Les relations entre les personnages, travaillées de manière à éviter les clichés et à se construire toute en nuances, m’ont beaucoup plu. Le groupe de jeune se démarque de ceux que l’on peut trouver dans les autres romans jeunesse par sa variété. On n’y retrouve pas que des “presqu’adultes” bien pratiques, puisque Lulu a onze ans et Morgan environ douze. On y retrouve aussi des alliances surprenantes et attendrissantes, comme l’affection plus que fraternelle de Lulu et de son cousin Zac, ou l’attachement improbable de Morgan et du beau et séducteur Camille, chacune étant l’objet d’une histoire aussi touchante qu’amère. Mention spéciale pour la ribambelle de soeurs de Camille et particulièrement pour l’autorité remarquable d’Acadia, la soeur ainée qui fait marcher tout le monde au pas lorsqu’elle crie, au point que personne ne songe à lui signaler que sa cuisine est immangeable.
Le gros point fort du roman est aussi la construction de son méchant. Aussi fascinant qu’il est terrifiant, précédé par sa réputation, son aura et son apparence blanche et immatérielle, Ayame est une créature androgyne et sans âge particulièrement réussie… Surtout lorsqu’il apparaît finalement que ce n’est pas lui le pire méchant de l’histoire. J’aime les méchants travaillés, qui ont de la classe sans se départir de leur rôle de salopard, et là, j’ai été servie. Mon seul regret reste que leur projet reste assez flou et difficile à suivre, car il lance surtout des pistes qui seront exploitées dans les prochains tomes et ça, je n’aime pas trop, j’ai l’impression que le livre est un peu sacrifié au profit de la série. Le tout est cependant servi par une plume efficace et sensible, qui sait doser en plus de l’émotion recherchée beaucoup d’humour et de second degré et beaucoup d’action.
J’espère cependant que par la suite, la série fera preuve d’un peu plus d’originalité narrative. Car si elle a toute l’inventivité, l’humour, l’action et la noirceur d’une petite soeur d’harry Potter, elle peut souffrir de trop de comparaison avec des choses déjà faites. J’ai donc hâte de lire la suite.

La note de Mélu:

Note 5

Une formidable découverte, et je remercie grandement l’auteure de me l’avoir proposé.

Un mot sur l’auteure: Dee L. Aniballe (née en 1986) est une jeune auteure française.

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Dee L. Aniballe a eu la gentillesse d'accepter de répondre à mes petites questions!

Mélu: Comment en es-tu venu à construire tout cet univers surnaturel autour des cristaux et pierres précieuses ?

Dee L. Aniballe: Je pense que c’est à cause de mon frère (ou plutôt grâce à lui ^^ !). Lorsqu’il est revenu d’un long séjour au Costa Rica, il m’a ramené une Améthyste que ma famille a ensuite faite monter en collier pour mes 20 ans. Cette pierre m’a tout de suite fascinée : très sombre au premier abord, elle devient totalement translucide lorsqu’on la place près d’une source de lumière, un peu comme si elle révélait un secret…
Puis je suis partie vivre trois mois au Japon. Là-bas, j’ai fait la connaissance d’une femme qui était passionnée par les cristaux. Elle m’a prêté plusieurs livres et j’ai commencé à me documenter plus sérieusement sur le sujet. Aussi, immergée dans ce pays où l’imaginaire à un caractère si particulier, avec son extravagance qui reste touchante et sa grâce toute simple, je ne pouvais que créer quelque chose. C’est donc là-bas qu’IRIS a commencé à voir le jour dans ma tête.

 

Mélu: Tes héros sont parfois très jeunes, et leurs aventures sont loin de correspondre à leur âge. Pourquoi avoir choisi le créneau de l’enfance et de l’adolescence ?

Dee L. Aniballe: Il y a plusieurs raisons. La notion d’apprentissage en fait partie. Mais j’ai aussi le sentiment que c’est lors de cette période que les choses sont appréhendées et vécues avec le plus d’intensité. Bien des situations auxquelles nous devons faire face à cet âge sont nouvelles. Certaines émotions le sont donc aussi. Cette maladresse qui me fait sourire, ce côté enflammé… ce sont des choses qui bien souvent s’estompent dans le monde des adultes, qui ont plus de recul et cherchent à être plus modérés. Je ne pouvais pas construire le monde d’IRIS à partir du point de vue d’un adulte. J’avais notamment besoin de jeunes personnages pour faire passer certains messages sur les rapports familiaux. Cependant je n’ai pas écrit cette histoire pour les adolescents, mais pour tout le monde.
Enfin, je dirai que de manière générale, notre société sous-estime énormément les enfants, qui sont capables de comprendre plus de choses que ce que l’on croit. Mais c’est un autre débat.

 

Mélu: La série a une histoire un peu particulière entre auto-édition et édition. Peux-tu nous raconter ?

Dee L. Aniballe: Passer par « l’édition traditionnelle », c’était important pour moi :
Contrairement à ce que certains s’imaginent, je n’étais pas une élève brillante à l’école, et je détestais les livres ! (oui oui, c’est vrai… mais je me suis bien rattrapée depuis) Et je pensais que j’avais besoin de la reconnaissance de « l’éditeur », qui seule me donnerait la preuve que ce que j’ai fait vaut quelque chose.
Refus après refus, je me suis tournée vers quelques petites maisons, auxquelles je n’ai même pas pu envoyer mon manuscrit, car un nombre de signes maximum était exigé et je refusais de fractionner davantage l’histoire. L’auto-édition est devenue ma porte de secours, car j’étais vraiment déterminée. Il n’était pas question que je range mon manuscrit dans un placard parce que le livre compte 500 pages ou parce que mon nom est inconnu du grand public. Je voulais me battre pour mon livre. J’ai donc retroussé mes manches, et je me suis lancée à fond dans cette aventure. Et quel travail… !
Cependant, grâce à cette expérience, j’ai vite compris que je me trompais, depuis le début : Les personnes qui ont donné une véritable valeur mon livre, ce sont mes lecteurs, et je les remercie pour tout ce qu’ils m’ont apporté.
Ainsi, le bouche-à-oreille a fini par porter ses fruits. C’est grâce à Cocomilady, des Rebelles Webzine qu’IRIS a été présenté à David Martin, directeur des éditions Sudarènes. Et j’ai signé mon contrat d’édition pour les trois tomes de la trilogie.
Je suis contente de ne jamais avoir baissé les bras. Aujourd’hui, je commence une toute nouvelle aventure !

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Merci infiniment à Dee L. Aniballe pour cette découverte et sa disponibilié!