la main immaculéMarie Costello a une hygiène de vie assez déplorable, partage son appartement avec un chat caractériel et espère que son patron chez Zoom’info lui donnera enfin un sujet d’article un peu palpitant. Lorsque deux adolescents gothiques sont victimes d’une agression si sauvage que l’un d’entre eux ne s’en sort pas, elle est envoyée pour couvrir l’événement. Parmi les consignes: infiltrer le milieu de la nuit, habillée en noir de la tête aux pieds. Mouais… Dans une boite de nuit branchée, le Black Pearl, elle part à la pêche aux informations. Mais les cadavres s’accumulent autour d’elle. Et un soir, elle surprend une altercation à la sortie de l’établissement, qu’elle prend en photo avant de voler au secours de ce qu’elle pense être la future victime. Elle ignore qu’elle s’est mêlée à une opération punitive d’une envergure qui va vite la dépasser.

Autant le dire tout de suite, on est dans la bit-litt la plus classique (et pas juste avec la couverture), malgré une intrigue policière qui ne tiendra pas longtemps. C’est un peu dommage d’ailleurs, car le concept de base est plutôt intéressant: une organisation fanatique et secrète, qui a gangrené pas mal de sphères de pouvoir, prend en chasse tous ceux qui s’intéressent de trop près à l’occulte, au démoniaque, ou à l’esthétisme sombre. Ils s’en prennent donc, en bon néo-nazis attardés et courageux, aux gamins gothiques qui traînent dans les boites de nuit. Tout se complique lorsqu’ils tombent sur un vrai vampire (hey, on est aux Editions du Petit Caveau, quand même), un qui les connaît et qui les attend de pied ferme. Sauf que la journaliste qui traîne au milieu pourrait vite devenir un dommage collatéral. Ajoutez à cela quelques bonnes bagarres, fuites à la campagne, gros flingues, et vos avouerez que le pitch est alléchant : on n’a pas le temps de s’ennuyer dans cette histoire.
L’héroïne a d’ailleurs aussi de quoi plaire: c’est une vraie tête de mule, qui n’écoute rien, qui fonce dans le tas et qui réfléchit après. Et qui reste une petite humaine sans défense, ce qui fait qu’elle s’en prend régulièrement plein la tête vu les monstres qu’elle a en face d’elle. En cela, elle force le respect, autant que pas sa langue bien pendue, son humour franchement foireux et sa difficulté à admettre qu’elle se trouve face à un buveur de sang (enfin une, me direz-vous). J’ai apprécié d’ailleurs que les dialogues humain-mortels s’amusent à déconstruire quelques clichés, à commencer par les humains qui font une véritable fixette sur l’âge de leurs interlocuteurs.
Ce qui m’a déçue par contre, c’est que malgré ces promesses de modernité, le roman va vite céder à la tentation du déjà-vu, voire à quelques ficelles bien ringardes. A commencer par la vitesse avec laquelle le vampire, présenté comme un beau gosse séducteur entouré de vamps, tombe amoureux de la petite humaine qu’il vient de croiser (un “je t’aime”, que voulez-vous, c’est si facile à sortir). De vampire, d’ailleurs, il n’en aura pas les heures de gloire: le thème est clairement sous-exploité, c’est à peine si il suçotte le sang de sa belle pendant un câlin. On abandonne donc vite les promesses d’enquête sordide (qui ne sert à rien vu que le vampire sait déjà tout sur leur agresseur) pour mettre au centre cette romance. Les méchants de la société secrète portent des capuchons noir (original et moderne) et sont bien évidemment des crétins finis pas fichus de dissocier un vrai vampire d’un gosse habillé en noir. Quant à l’héroïne, elle aussi, malgré ses bonnes intentions, elle finit toujours par se prendre un coup sur la tête/une balle dans l’épaule/se faire enlever et donc rater la moitié de la scène d’action pour se faire finalement sauver par son preux chevalier. Mon féminisme a décidément très mal.

La note de Mélu:

Note 3

De bonnes intentions, mais ce genre de roman ne décolle pas pour moi. Merci aux Editions du Petit Caveau pour m’avoir proposé de le découvrir en avant-première.

Un mot sur l’auteure: Anne Bardelli  (née en 1971) est une auteure française.