untitledDepuis tout jeune, les rêves de Stéphane lui ont pourri la vie, l’ont conduit dans les asiles ou aux portes de la mort. Des visions qu’il a toujours crues prémonitoires. Et voilà que ça l’a repris. Il se voit en cavale, apprenant à la radio la mort d’une petite fille, ou encore couvrant d’inscriptions les murs d’une chambre d’hôtel. Au risque de replonger dans ses travers psychotiques, au grand désespoir de sa femme, il traque tous les indices qui permettront d’anticiper et d’empêcher ce qu’il comprend avec certitude comme un futur désastreux. Et peu à peu, il se rend compte que les éléments collent, beaucoup trop bien. C’est ainsi qu’il se rapproche sans le savoir de l’enquête que mène Vic Marchal, qui vient juste d’obtenir son premier poste à la criminelle de Paris. Un sacré jackpot pour un débutant, d’où les bizutages et plaisanteries bien lourdes sur un éventuel piston. Et pour sa première enquête, on le charge du meurtre d’une ex-star du porno, dont on vient de trouver le corps horriblement torturé. Une jolie blonde qui semblait pourtant avoir des goûts un peu particuliers: un intérêt certain pour les estropiés, les amputés, tous ceux qu’on appelle les monstres.

Je n’avais jamais lu de Franck Thilliez. Mon départ en vacance m’en a fourni l’occasion avec ce livre audio. Autant le dire, il faut quand même avoir le coeur bien accroché. On nous entraîne sur un des sujets les plus glauques qui existent, en nous exhibant non seulement tout un catalogue de malformations et corps distordu, mais surtout ceux qui y accorde un intérêt dérageant, un plaisir honteux. On passe des expositions cliniques aux motels où se rencontrent les amateurs de sensations inédites sur ce seul critère, et il faut le dire, on a parfois envie de détourner les yeux avec gêne. L'enquête en elle-même, autant le dire, ne m’a pas passionnée. Je le redis, je n’aime pas trop les romans policiers.
En revanche, j’ai été absolument fascinée par l’histoire de Stéphane. Et surtout par la boucle narrative absolument virtuose que cela entraîne. A partir de ses différents rêves, Stéphane note tout, recherche tout, vérifie tout et retrace son propre itinéraire avec une semaine d’avance. Il analyse jusqu’au mécanisme de ses prémonitions afin de les contrôler. Et lorsque c’est fait, il tente même de communiquer avec son double du futur afin de changer le passé. Le vertige temporel est garanti, car le paradoxe guette: comment peut-il être spectateur d’un futur qu’il s’acharne à changer? Est-ce à dire qu’on ne peut pas échapper à son destin?
Les personnages dans tous les cas sont tout à fait touchants. Stéphane a quelque chose d’une Cassandre moderne, lui qui tente d’empêcher des catastrophes annoncées, provoque des catastrophes pires encore et finit avec une camisole. Un héros rejeté par les siens, y compris sa femme, que j’ai particulièrement aimé. Tout comme Vic d’ailleurs, ce flic avec une fragilité de jeune premier, futur papa, mais qui dans l’ombre s’avère pertinent et efficace, preuve que l’intellect prime parfois sur les gros flingues. Le fait de les voir en direct, puis dans les visions, ou dans leurs souvenirs, leur donne une complexité très intéressante, puisqu’on s’amuse à reconstituer le puzzle de leur personnalité. Un jeu de piste très intéressant.
L’édition Audiolib, très soignée, nous permet de nous immerger dans cette palette de personnages. La narration de Philippe Allard est en cela sensible et efficace, la voix nous porte et c’est encore une fois une expérience très agréable.

La note de Mélu:

Note 4

Une réussite!

Un mot sur l’auteur: Franck Thilliez (né en 1973) est un célèbre auteur de romans policiers.