dans les veinesDans les rues de Bordeaux, une série de meurtres sauvages et sanglants occupe la police. Le lieutenant Baron n’ose céder à la psychose ambiante, celle qui voit dans les drogués pervers qui se déchaînent dans les rues et dans les cadavres exsangues l’oeuvre de vampires. Comment croire en effet que cette jolie asiatique, cet enfant angélique et ce bel adolescent aux yeux violets puissent être de telles bêtes? Certains, en tout cas, s’en délectent, notamment la clientèle du Bathory, ce club gothique devenu le lieu de rassemblement des noctambules avides de sang et de sensations fortes. C’est là que Lily, la propre fille du lieutenant Baron, se laisse entraîner par une de ses amies, histoire d’oublier un moment son mal-être. C’est là qu’elle entrevoit les yeux violets et les traits si purs de l’un d’entre eux. Elle ne les oubliera jamais. Ils l’obsèdent. Elle veut le revoir, persuadée qu’il souffre autant qu’elle. Elle ne se doute pas qu’en voulant échapper ainsi à ses propres prédateurs, elle devient une proie de choix pour le petit groupe de vampires.

Ames sensibles s’abstenir: nous ne sommes pas dans un traditionnel roman vampirique. Ici, le vampire est avant tout un être dégénérée à la sexualité délurée qui ne cherche qu’à satisfaire ses instincts les plus primaires. Les premières scènes les associent ainsi à de véritables vandales, qui détruisent et traumatisent sur leur passage, abandonnent les bébés dans les poubelles ou s’offrent une orgie en règle dans les toilettes d’une boite de nuit. Il y a d’ailleurs du Claudia d’Anne Rice dans le petit Gabriel, qui règne sur le petit groupe avec une influence diabolique et qui cache dans le corps d’un enfant la sensualité de ses semblables. Vous aurez donc la nausée, et pas qu’une fois, devant ces créatures qui repoussent les limites de ce qu’on pensait pouvoir lire sur le sujet.
Pour plus de lisibilité, on y retrouve cependant la traditionnelle histoire d’amour, que j’ai trouvée parfois trop sage dans ce monde si dur. Le beau fantasme de Lily n’est pas un prince charmant, ne prend aucun gant avec elle, la confronte à ses démons et ça, c’est bien: elle court après un sauveur image de la mort romantique qui n’existe pas, et si même le lecteur se prend à espérer que ces deux êtres morts à l’intérieur se sauvent mutuellement, c’est pour mieux être cruellement déçu page après page. Quel que soit l’endroit où l’on creuse, quel que soit le soutien que l’on espère trouver (amis, famille, amour d’autrefois), on retombe sur une liaison malsaine, déviante, toxique.
Tout cela, cette habile réhabilitation du vampire comme destructeur physique, psychologique et émotionnel, est servi par une plume qui justifierait à elle seule la lecture du livre. Précise, riche, élégante, la langue de Morgane Caussarieu contraste furieusement avec l’univers glauque et violent dans lequel elle campe ses personnages. Elle parvient à être à la fois onirique et d’un réalisme implacable et cela fait mouche: au fil de ces phrases soigneusement travaillées, on se laisse fasciner par l’horreur et la violence pour y trouver une beauté certaine: bluffant!

La note de Mélu:

Note 5

Pari réussi!

Un mot sur l’auteure: Morgane Caussarieu (née en 1987) est une auteure française, également essayiste et traductrice.