gaspard des profondeursGaspard n’est pas très bon élève, pas très costaud non plus, lui qui a failli mourir de déshydratation à l’âge de quelques jours. Mais Gaspard est un rêveur, un poète. Il sème ses poèmes sur des morceaux de papier qu’il glisse un peu partout autour de lui, qu’il envoie à l’aventure. Et aujourd’hui, Gaspard prend une grande décision: partir à la recherche de son père. Technicien lumière qui suit en tournée les artistes, voilà plusieurs semaines que son téléphone sonne dans le vide. Sa mère, fatiguée et un peu absente, ne lui fournit pas d’explication et Gaspard sent que quelque chose ne va pas. Il s’empare donc du prospectus qui annonce les prochaines dates de la tournée, et, sac chargé sur le dos, embrasse son petit frère et part sur les routes. Alors qu’il tente d’échapper à la police qui le recherche pour mener à bien son projet, il croise Honoré, un garçon un peu aventurier qui n’a qu’une envie: voir la mer. Et surtout, la nuit, il rêve. Il rêve d’un monde fabuleux où les arbres gigantesques sont peuplés de créatures fantastiques et inquiétantes. Des rêves étonnants de réalisme.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce livre. La construction est particulière: on alterne les chapitres consacrés à la fuite de Gaspard et Honoré et les chapitres consacrés au monde du rêve. Pour le monde éveillé, pas de problème. Gaspard y est confronté à des obstacles bien tangibles: manger, dormir, se réchauffer, se laver, ne pas se faire repérer, prendre la bonne direction… Mais pour le monde du rêve, il faut tout découvrir, et se rappeler des caractéristiques physiques de chacun des personnages. On y croisera par exemple les Touchécorces, ces personnages recouverts de branches chargés de surveiller la forêt, un perroquet savant, un lapin particulièrement virulent, une Mamie aux confitures drôlement efficaces… Toute une galerie fantaisiste et fascinante. Et ce monde a ses propres problèmes, comme la présence d’un terrifiant Molosse. Je m’y suis un peu perdue, quand même… Mais j’ai fini par adhérer lorsque des liens se tissent. Les deux mondes entrent en intéraction, ça devient beaucoup plus intéressant: Gaspard doit mener deux missions de front, chacune avec ses risques, ses impératifs, et il ne choisit pas le passage de l’un à l’autre (allez choisir de vous endormir quand ce n’est pas possible, vous!). Le rythme s’accélère et à partir de là, j’ai fait défiler les pages, avide de savoir où tout cela allait nous mener.
Mais au-delà de l’univers merveilleux dans lequel il nous plonge, il s’agit avant tout d’un roman initiatique. C’est surtout à la recherche de lui-même que Gaspard se lance, et son inconscient se rappelle à lui de manière très imagée, jusqu’à empiéter sur sa réalité. Du coup, il est assez tentant de lire ce roman comme une suite de symboles. Ou plutôt, de le relire ainsi, puisque c’est à la fin que beaucoup d’entre eux prennent leur sens, lorsque Gaspard trouve enfin ce qu’il était parti chercher, après avoir affronté ses propres démons, ceux des autres, et même choisi de frôler la mort pour mieux en revenir transformé. Poétique et délicat, ce roman multiplie aussi les petites trouvailles, comme le zozotement du lapin aux trop longues dents qui ne l’empêche pas de semer la terreur, ou encore les textes de Gaspard, disséminés partout dans le livre comme autant de petits commentaires lyriques sur ce qui est en train de lui arriver. L’imaginaire le plus créatif et la réalité la plus sévère se mélangent habilement, pour un résultat très convaincant.

La note de Mélu:

Note 4

Un joli moment de lecture.

Un mot sur l’auteur: Yann Rambaud est un auteur français, d’abord auteur, compositeur et chanteur dans le groupe Staël.