la petite fille aux araignéesMiquette ne parle plus. Mais elle pense beaucoup. Elle pense notamment aux manières d’éviter le docteur QuiQueQuoi et ses questions stupides, ses raccourcis absurdes à propos de sa mère. Celui qu’elle préfère, c’est Gogol, son ami “mongolien”, parce que lui, il ne parle pas non plus. Depuis peu, on la laisse enfin élever tranquillement ses araignées, qu’elle nourrit de mouches. Parce que contrairement aux apparences, Miquette n’est pas folle. Non, pas du tout. Elle a un projet bien précis. Un projet qui a pris naissance le jour où sa mère a commencé à voir ce médecin acupuncteur, conseillé par sa tante. Sa tante qui n’a cessé de se plaindre qu’elle était bien trop âgée par rapport à ce charmant médecin qu’elle convoite. Alors que sa mère, si jeune et si pleine de vie, ne cesse de dépérir depuis que ce médecin soigne ses insomnies.

Ah Gudule! Jamais une déception! Connue pour ses oeuvres de littérature jeunesse, cette auteure me surprend encore et toujours par sa virtuosité dans l’horreur. Parce que c’est face à cela que l’on est: un roman d’horreur. L’élevage minutieux d’araignée, tout dérangeant qu’il est, le devient d’autant plus lorsqu’il prend tout son sens à la fin. Il faut dire que Gudule maîtrise l’inquiétante étrangeté, ce fantastique pur et dur où l’affirmation du surnaturel n’est jamais claire, où tout pourrait être l’effet de notre interprétation. Après tout, peut-être est-ce juste une coincidence si la mère de Miquette semble s’affaiblir et vieillir trop vite pile au moment où sa tante semble rajeunir de jours en jours devant ce nouvel amour qu’est le docteur. J’adore ce genre d’histoire qui ne cèdent pas à la facilité du surnaturel et qui maintient cette délicieuse ambigüité. Et lorsque celle-ci cède le pas à l’horreur pure, lorsque le sanglant intervient dans tout ce qu’il a de plus repoussant, on comprend qu’on n’est pas du tout dans une histoire de petite fille.
Le point de vue interne de cette petite fille est d’ailleurs particulièrement habile. Dans un raisonnement très construit, très réfléchi, elle analyse l’institut psychiatrique (puisque c’en est bien un) dans lequel elle se trouve, où tous ceux qui l’entourent, des sommités sûrement, ne comprennent absolument rien à ce qui se passe. Tout le paradoxe est là: les médecins sont à côté de la plaque, là où Gogol et le chien perçoivent bien mieux la réelle teneur de la situation. Dans ce retournement carnavalesque, Miquette, malgré son silence, fait preuve d’une détermination à toute épreuve: elle croit dur comme fer à son projet puéril, un plan tangible qui lui permettra de rétablir la vérité et où les araignées sont essentielles. Qui de mieux qu’un enfant pour croire à l’impossible? Et de là, Gudule déconstruit les mythes enfantins, tourne en glauque, en terreur, toute l’innocence et la foi enfantine, et là est peut-être sa plus grande qualité, que j’avais déjà apprécié dans La Baby-sitter.

La note de Mélu:

Note 5

Une franche réussite!

Un mot sur l’auteur:

Anne Duguël a aussi écrit sous le nom de Gudule. Elle est connue pour ses romans pour enfant et pour ses romans d’horreur. D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

la baby sitter  truc