even dead things feel your loveAngleterre, XIXème siècle. Lord Josiah Sarcewillow a décidé de fuir la vie mondaine londonienne pour se retirer dans sa propriété de Crimsom Dawn. Il faut dire que pour un vampire vieux de déjà plusieurs décennies, la trépidante capitale n’a plus beaucoup d’attrait. Il rejoint donc la campagne, où son fidèle majordome Rudolf, qui l’a pratiquement élevé et qu’il a changé en vampire lui aussi pour le garder à ses côtés, a remis en état l’ancienne demeure familiale. Alors qu’il reprend possession de ses terres, il est témoin d’une curieuse scène: une jolie jeune fille, Abigale, confrontée à un groupe de braconniers, qu’il expulse séance tenante. Avec son humanité, sa candeur, Abigale parvient à réveiller en lui des sentiments qu’il croyait morts, au point d’accepter de l’accompagner à nouveau en ville ou à l’exposition universelle. Là où des chasseurs de vampires le repèrent beaucoup trop vite et trop facilement. Au point de mettre la vie d’Abigale en danger.

Honnêtement, j’ai surtout voulu acquérir ce livre parce que la notoriété de la plume de Mathieu Guibé était parvenue à mes oreilles, en même temps que pour mon admiration pour les éditions du Chat Noir (rappelons que c’est lui-même l’éditeur) qui a quand même signé Georgia Caldera, Jean Vigne et Cécile G. Cortès, autrement dit trois de mes coups de cœur. Précise et raffinée, cette plume mérite en effet son succès, encore qu’elle manque un peu pour moi de naturel et de personnalité pour me convaincre (j’en viens parfois à soupirer devant ces “créatures de la nuit” ou autres “don ténébreux” qui fleurissent dans les histoires de vampires comme autant de clichés). Mais cela reste élégant et on en attend pas moins pour un roman victorien, même si cela se traduit par un langage finalement assez posé et égal qui ne s’accorde pas toujours avec des élans de passion ou de colère, ce qui a probablement joué dans le fait que j’ai eu du mal à m’attacher au narrateur que j’ai entendu énoncer plutôt qu’exprimer. De plus, je partais avec un sacré a priori: le titre en anglais, pour une amoureuse de la langue française comme moi, ça pèche un peu (ou alors il faudrait écrire le roman complet en anglais, pour être raccord).
Passées ces quelques impressions de surface, je dois avouer que l’idée de ce roman m’a semblée intéressante. Alors oui, bon, encore une fois, c’est un vampire qui tombe amoureux d’une humaine, avec tout le lot de questions sur l’humanité, l’amour impossible et les sentiments plus forts que la nature profonde qui l’accompagnent. J’en viens à me demander quand quelqu’un écrira enfin l’histoire d’une vampire et d’un mortel, histoire de balayer quelques clichés sexiste sur la pauvre femme fragile à protéger.  Bref. Au delà cet accent machiste, le roman parvient à apporter quelque chose d’original: très vite, la jeune première qui tient lieu d’héroïne meurt et donc quitte l’histoire. Et c’est une nouvelle manière d’aborder leur relation qui est creusée: le vampire plonge dans une profonde dépression qui s’accorde assez mal avec l’immortalité. Débauche, déchéance, révolte, il passe par toutes les étapes d’un deuil impossible. Le roman analyse soigneusement tout ce qui peut passer par la tête d’un être qui a l’éternité pour regretter une erreur dramatique. Loin de céder à la facilité d’une histoire fantastique où l’amour transcende la mort et les limites du réel, on voit également le vampire user et abuser de toutes les pistes que lui fournit le surnaturel, sans se soucier le moins du monde des conséquences et essuyer de cuisants échecs. Pour une fois, le surnaturel n’est quasiment d’aucun secours, et ça m’a plu qu’il soit plus un contexte qu’une réelle force agissante.
Et quel contexte! Qu’il s’agisse des crises de violence de Lord Scarcewillow, de ses altercations avec la sorcière à qui il extorque de l’aide, des danses macabres où les spectres l’assaillent, les images sont particulièrement travaillées dans une esthétique gothique qui emprunte à la fois à un mysticisme sombre et à une horreur pure. Les scènes d’actions et leur raffinement sanglant sont d’ailleurs un gros point fort du roman qui n’hésite pas à basculer franchement dans le sordide si besoin.

La note de Mélu:

Note 3

Un roman qui a des qualités mais qui n’a pas su m’embarquer autant que je le souhaitais.

Un mot sur l’auteur: Mathieu Guibé est docteur en éthologie, éditeur et auteur.